LIVRE XII. IMMORTALITÉ DE l'aAIE
voix retentissante qui se fit entendre soudain, accompagnée du vif éclat d'une puissante lumière, on lui assigna pour demeure le corps d'un animal inoffensif, qui vit et chante au bord des marais et des lacs, peut-être d'une grenouille : « car les dieux ne devaient-ils pas aussi une récompense à Néron, pour avoir rendu la liberté aux Grecs, qui étaient à la fois les meilleurs de ses sujets et le peuple le plus chéri des dieux de l'empire ? »
Il est difficile de déterminer quelles sont, dans cette •vision, les peines que l'on doit se représenter comme éternelles. Il est certain, toutefois, que la croyance à des peines éternelles existait, à côté de celle à des punitions temporaires, visant à la purification ^ La première dérivait d'ailleurs^ presque nécessairement, de la croyance à une félicité éternelle, que les masses n'envisageaient, du reste, probablement aussi qu'à travers le prisme d'un sensualisme plus ou moins grossier. Il n'est pas douteux que notamment l'idée de festins continuels et d'orgies inces- 'santes, réservés aux bienheureux dans l'autre monde, a été très-répandue dans tous les temps. Platon n'avait-il pas lui-inême déjà plaisanté sur «Téternelle ivresse », que la doctrine d'Orphée promettait aux gens vertueux, promesse que bien des gens avaient dû, certainement, prendre à la lettre? On peut également admettre avec certitude que l'on devait. rencontrer dans le monde païen, pendant les premiers siècles qui suivirent la naissance du Christ, des courants d'idées semblables à celles qui régnaient parmi les juifs et les chiliastes chrétiens, attendant, selon saint Jérôme et saint Augustin, du règne millénaire, indépendamment du bonheur de la possession de belles fem-
* Plutarque, De virt. moraU, c. x.
mes, accompagné de la bénédiction d'une nombreuse postérité d'enfants, la profusion de toutes choses, mais surtout des ripailles, avec une multitude et une variété de mets et de boissons dépassant toutes les bornes de la tempérance et allant au-delà de tout ce qui est imaginable K A ces idées vulgaires de la félicité dans l'autre monde, en répondaient de tout aussi vulgaires sur la possibilité de la gagner par des cérémonies religieuses, notamment par l'initiation à des mystères, regardée comme un moyen de se faire admettre en grâce, ainsi qu'il appert du témoignage de Plutarqne et d'Aristide. Parmi les promesses des mystères égyptiens, si répandus dans les derniers temps de l'antiquité, figurait, par exemple, le soulagement par « Teau fraîche », aux enfers. Dans plusieurs épitaphes grecques et latines, on implore d'Osiris, ou bien de Pluton {Aïdoneus), roi des enfers, cette grâce pour le défunt ^ Cela rappelle la prière adressée, dans des épitaphes chrétiennes, non pas seulement au Christ, maïs aussi à des martyrs, de pourvoir de rafraîchissements les âmes décédées ".
Après tout ce qui a été dit, il n'est plus besoin de preuve pour établir combien était répandue, dans les derniers temps de l'antiquité aussi, la croyance à l'immor-
* Lobeck, Aglaopham,, 826, et Gorrodi, Histoire des chiliasleSy II, 492, etc. (en allem.). — Saint Jérôme, îw lesaiam, c. lv et lx; in Zachariam^ c. xl. — Saint Augustin, Civ, Dei, XX, 7, 1.
' Orelli, 4766; voir aussi E. Piew, De Sarapide (Regim., 1868), p. 31.
^ De Rossi, Bull, cr., I, 2, etc.