‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 226 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME

talité de l'âme. Gela résulte déjà suffisamment, d'ailleurs, d'un autre fait non encore pris en considération, de la croyance , également très-répandue , aux apparitions d'esprits, c'est-à-dire aux revenants, soit à une communication intime des esprits des morts avec le monde des vivants, ou à une influence constante des premiers sur le dernier. Cette croyance, qui remonte à la plus haute antiquité chez les Romains comme chez les Grecs, ne s'est pourtant pas développée tout-à-fait de la même manière chez les deux peuples. Tandis que, notamment chez les Romains, l'idée antique, fermement établie et généralement répandue, d'après laquelle les bons génies des décédés se comportaient comme les génies tutélaires (Lares) des vivants, avait trouvé son expression dans le culte, et était continuellement alimentée et corroborée par celui-ci*, il n'en est pas de même chez les Grecs. Ce n'est pas qu'elle n'eût également surgi dans la poésie grecque des plus anciens temps : ainsi Hésiode dit bien que les âmes des hommes de l'âge d'or, devenues après l'écoulement de cet âge de bons génies, parcourent, enveloppés de brume, toute la terre en qualité jje gardiens des hommes mortels, y veillent au respect du droit et à la répression de l'injustice et dispensent la richesse; mais on voit ensuite cette idée se perdre, jusqu'à l'époque oii le platonisme ultérieur la ressaisit pour la fondre avec sa démonologie *. La croyance aux esprits des méchants, qualifiés de larves ou lémures, tourmentés eux-mêmes et tourmentant les hommes ' par leurs apparitions sinistres,

» Preller, Mythologie romaine^ 72, etc., 486. — Marquardi, Manuel IV, 212.

2 Lehrs, Écrits pop. ^ 146, elc.

* NiflSeD, Le temple^ 148 (en allemand).

qui répondait chez les Romains, par suite d'une corrélation nécessaire, à leur croyance aux esprits des bons, fonctionnant comme des lares tutélaires, n'avait pas pris non plus, chez les Grecs, le caractère d'une foi populaire aussi générale et facile à déterminer, ni aussi fermement assise. Mais, sous d'autres rapports, il y a concordance parfaite dans la croyance aux esprits, chez les deux peuples. Chez tous les deux, elle s'attachait principalement aux esprits des hommes ayant péri de mort violente, et dont la colère implacable s'acharne à poursuivre et à perdre même des innocents*, ainsi qu'aux esprits des morts privés de sépulture. Même si du reste, comme il est probable, la croyance aux esprits des Romains et celle des Grecs ont dû arriver, dans les siècles postérieurs, à un certain nivellement, par suite de leurs échanges d'idées, la seconde n'en manquait pas moins du ferme soutien, de la forme et de la direction bien déterminées que la, première recevait d'un culte public, même abstraction faite de la vénération pour les Lares. Ce qui entretenait et fortifiait, dans la foi populaire des Romains, l'idée d'un commerce incessant entre le monde souterrain et le monde supérieur, c'était notamment l'ouverture du mundus, c'est-à-dire de la fosse profonde, consacrée dans chaque ville aux dieux et aux esprits du premier, dans lesquels on révérait en même temps les dieux de l'ensemencement, à trois jours différents de l'année (le 24 août, le 5 octobre et le 8 novembre), où ces troupes d'esprits « silencieux » jouissaient d'une liberté d'entrée et de sortie pleine et entière; puis la fête du 21 février en l'honneur des Mânes en général [Feralid)

' Lobeck, Aglaopham.^ 302 k. — Preller, Mythologie romaine^ 49«J.

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