‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 227 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME

et, dans la semaine précédente (du 13 au 20), celle des Parentales, dont l'inobservance avait eu, d'après la légende, une fois pour conséquence une grande mortalité; enfin, les pratiques par lesquelles on s'appliquait à apaiser et à réconcilier les spectres en émoi, dans les trois nuits des Lémuries, le 9, le H et le 13 mai *.

Non-seulement l'intimité de la corrélation mutuelle entre la croyance à l'immortalité de l'âme et la croyance aux esprits, mais aussi la tendance de la seconde à fortifier et affermir la première se comprend sans qu'il y ait besoin d'aucune explication, tout aussi bien que la conviction portée par des apparitions dans l'âme des sceptiques et la bonne volonté de croire de ceux-ci, quand ils étaient prêts à se laisser ainsi convaincre. Un monument érigé, après une vision, par un certain T. Claude Panopte et sa femme Gharmosyne, àleurs deux filles défuntes porte cette inscription : « Vous qui lisez ces lignes et doutez encore qu'il existe des mânes, portez-nous un défi, sous la foi d'un engagement pris, c'est-à-dire obligeant à payer celui qui aura été convaincu d'erreur, et vous arriverez à reconnaître ce qui en est". )) Même dans les cercles du monde instruit, la croyance aux esprits était souvent unie à celle de l'immortalité de l'âme. Il est vrai que, dans ce monde, non-seulement tous ceux qui étaient imbus d'opinions épicuriennes et. matérialistes, ou y inclinaient, se moquaient des perambulations nocturnes des lémures, aussi bien que des songes, des miracles, des sorcières et de la magie, et prétendaient qu'il n'y avait que des femmes, des enfants et des malades en délire qui eussent jamais

* Preller, Mythologie romaine, 4&fi, 4B3, 499. ' HeDzen, 7346.

VU des spectres^; mais une grande partie aussi de ceux qui avaient la foi de l'immortalité se tenaient dans la réserve du doute à l'égard des apparitions d'esprits, ou refusaient d'y croire, comme par exemple Sénèque.

Cependant, il n'est nullement certain, depuis le deuxième siècle surtout, que ces divers sceptiques fussent en majorité, même dans les cercles familiarisés avec les doctrines philosophiques. La société d'Eucrate, que Lucien met en scène dans VAmi du mensonge, et dans laquelle personne ne doute qu'il n'y ait des démons et des spectres, ni que les âmes des morts n'errent sur la terre et n'apparaissent à quiconque il leur prend fantaisie d'apparaître, se compose, à part un médecin, d'un péripatéticien, d'un stoïcien, d'un platonicien et d'un pythagoricien ayant une auréole de sainteté, sans compter qu'Eucrate lui-même est un homme qui a travaillé la philosophie à fond ^ Les plus fermes à maintenir la croyance aux esprits étaient les néopythagoriciens et les platoniciens pythagorisant, qui trouvaient dans les apparitions une garantie de vérité, non-seulement pour la croyance à l'immortaUté de l'âme, mais aussi pour leur démonologie. Le rhéteur philosophant Maxime de Tyr, placé entièrement au point de vue d'un platonisme inclinant déjà au néoplatonisme, et tous ses confrères ayant les mêmes principes, regardent les démons, comprenant aussi les âmes décédées, comme le lien véritable entre le monde des sens et le monde surnaturel^

Les âmes devenues démons, dit-il, sont, tout en con-

» Horace, Épîtres, II, 2, 208. — Plutarque, Dion, 2, 2.

2 Lucien, Philops., 5,6, 29. — Au sujet du péripatéticien Antisthène, auquel se réfère Phlégon {Mirab., 3), voyez Zeller, II, 2, 59.

3 Zeller, III, 2, 182, etc. .

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