LIVRE XII. IMMORTALITÉ DE l'aME
affirmer l'avoir rencontré la, nuit, ou prétendre avoir été délivrés par lui de la fièvre*. Pline le Jeune, qui avait eu des liaisons étroites avec les stoïciens Euphrate et Artémidore, et dans les vues duquel prédominait aussi rinfluence des doctrines stoïciennes, prie son ami Licinius Sura, consul en 102, de lui faire connaître son opinion sur la question de savoir s'il y a des spectres, s'ils ont une forme qui leur soit propre et la qualité d'êtres surhumains (m/men)^ ou si ce ne sont là que de vains fantômes de notre imagination, auxquels notre peur seule prête une forme'. Il croyait lui-même aux revenants et raconte à l'appui, entre autres, une histoire de fantôme très-semblable à celle du pythagoricien Arignote, dans VAmi du mensonge de Lucien. A Athènes, une grande maison était troublée chaque nuit par une apparition, qui la rendait inhabitable. Le spectre apparaissait sous la forme d'un vieillard amaigri, à longue barbe, les mains et les pieds chargés de chaînes, avec lesquelles il faisait un bruit épouvantable. Enfin un philosophe, du nom d'Athénodore, eut le courage de tenir tête au spectre, qui lui fit des signes jusqu'à ce que le philosophe prît le parti de le suivre, avec une lumière ; arrivé dans la cour, le spectre disparut soudain. Le lendemain, on fit une fouille à la place où on l'avait perdu de vue, et on trouva un squelette enchaîné, après la sépulture régulière duquel les apparitions cessèrent. Pline le Jeune, qui croyait à cette histoire de revenant, sur la foi d'autrui, dit-il, rapporte comme un fait avéré de son vivant, et sur lequel il n'y avait pas l'ombre d'un doute, une autre plus enfantine encore. De môme Suétone, l'ami de Pline, raconte.
< Lucien, Pérégrinus, 27, etc., S«.
> Pline le Jeune, Lettres, VII, 27.
comme de notoriété, qu'avant l'inhumation de Galigula, les gardes des jardins Lamiens, où l'on avait porté son corps, étaient continuellement alarmés par des spectres, et que, dans la maison oii ce prince avait expiré, il ne se passait pas de nuit sans des apparitions, jusqu'à ce que la maison fût consumée par un incendie ^ L'histoire de fantôme dans laquelle Gœthe a pris le sujet de sa Fiancée de Corinthe se trouve parmi les Contes merveilleux de Phlégon de Tralles, affranchi de l'empereur Adrien sous le nom duquel doivent avoir paru aussi des écrits de cet empereur, Phlégon communique une lettre, comme il paraît adressée à lui-même, d'un rapporteur de la chose, lequel se trouvant dans une position officielle, à Corinthe, à l'époque où elle s'était passée, avait fait ouvrir le tombeau de la jeune fille qu'elle concerne. D'après son récit, elle aurait, effectivement six mois après sa mort, visité, la nuit, le jeune hôte de ses parents. A la place de son corps, on ne retrouva, comme l'assure du moins l'auteur de la lettre, témoin oculaire^ que les cadeaux de cet étranger, une bague en fer et une coupe en vermeil. Il offre d'ailleurs, pour le cas où l'on rapporterait le fait à l'empereur, d'envoyer à Rome des personnes qui en connaissaient tous les détails ^ Les écrits de Pausanias fournissent encore plus d'exemples de cette large croyance des gens instruits du deuxième siècle aux esprits^ ; mais quelque robuste que fût sa propre foi à cet égard, elle était encore, si c'est possible, surpassée par la manie de Philostrate et de Dion Gassius de voir partout des spectres. Ce dernier rapporte avec un
» Suétone, Caligula, ch. lix.
2 Paradoxogr., éd. Westermann, p. 117, etc. ^ Pfundtner, Opinions de Pausanias^ p. 16 (Fausartias, ï, 32, 3; VlII, 10, 4; VI, 6, 3, etc.; VI, 9.0, 8), en allemand.