‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 230 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME

sérieux parfait, à plusieurs reprises, comment, lors de grands événements tels que, par exemple, la bataille d'Actium et la tentative de Néron d'opérer le percement de l'isthme corinthien, les morts s'étaient levés en masse de leurs tombes ^ Il raconte qu'en l'an 220 un esprit, qui se disait lui-même Alexandre le Grand, dont il avait d'ailleurs la figure bien connue, les traits et le costume, s'en alla, avec une suite de quatre cents personnes, vêtues en bacchantes, du Danube au Bosphore, où il disparut. Nulle part les autorités n'avaient osé l'arrêter ; partout, au contraire, on lui avait fourni le gîte et la nourriture, aux frais du trésor public*.

De la mention fréquente de charmes avec conjuration d'esprits, on peut aussi conclure à ce que la croyance absolue à ceux-ci avait fait de grands progrès dans les cercles des classes supérieures et instruites. Ces conjurations conduisirent, selon toute apparence, souvent à d'horribles forfaits, le charme devant, à ce que l'on prétendait, agir le plus puissamment avec les âmes de personnes mortes de mort violente, particulièrement avant l'âge ; aussi des homicides , des infanticides surtout , n'étaient-ils, notoirement, que trop souvent commis dans ce but \ 'Parmi les empereurs romains, Néron, Caracalla, Didius Julien et Héliogabale ont pratiqué ce genre de magie. De ces deux derniers, Dion rapporte expressément qu'ils faisaient immoler des enfants ^ Caracalla, qui essaya de toutes les formes de la

' Dion Ca88iu8, LI, 17 ; LXII, 17.

« Ibidem, LXXIX, 18.

^ Lobeck, Aglanpham., p. 29J, etc.; Marquardt, Mamtet, IV, n. 805 cl 8ir>.— Voyez particulièrement ausHi Tortiillicn, f)^r/«imff,c. lvi, etc. * Dion Cassius, LXXIIl, 16, et LXXIX, 11.

magie et de la divination, évoqua, pour se délivrer des apparitions de son père et de son frère assassiné, qui le poursuivaient continuellement, entre autres l'esprit du premier et celui de Commode, mais en vain ; avec l'ombre de Septime Sévère, s'était montrée aussi, se disait-on tout bas à Rome, l'ombre de Géta^ Néron avait évoqué, pour la même raison, l'esprit de sa mère Agrippine*. Il était plus passionnément que personne adonné à la pratique de révocation des esprits, et, comme il ne demandait pas mieux que de faire immoler des victimes, il se peut bien qu'il ait été celui qui sacrifia le plus d'hommes à sa fureur superstitieuse. Le roi des Parthes, Tiridate, venu à Rome en l'an 66, avec une suite de mages, l'initia aux repas magiques et à tous les secrets de la magie*, dans laquelle Néron avait dû cependant donner auparavant déjà; car Lucain, mort en 65, n'a évidemment joint l'épisode d'une évocation de morts, accompagnée de tout le luxe d'horreurs imaginable, à son poëme épique, que dans Tintention de rendre plus expressive et plus éclatante la condamnation de cette manie de l'empereur, dont il était ennemi déclaré depuis 64 '\ C'est Sextus, l'indigne fils du grand Pompée, qui, dans la Pharsale^ veut apprendre à connaître l'avenir, par le moyen de l'évocation des morts. Dédaignant les prophéties sacrées et les moyens licites, il s'est tourné vers les mystères abominables des mages, ennemis des dieux, et les terreurs de l'enfer : l'omniscience des dieux du ciel ne suffisait pas à ce

' Dion Gassius, LXXVII, 15. — Hérodien, IV, 12, 3.

'^ Suétone, JSéron, ch. xxxiv.

3 Pline, Hist. nat., XXX, 14, etc.

♦ Genthe, De Lucani vita et scr., p. 22.

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