‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 235 sur 241 · LIVRE XII. IMMORTALITÉ DE L*AME. 50i · texte numérisé non relu

LIVRE XII. IMMORTALITÉ DE L*AME. 50i

nité une valeur impérissable. Les aspirations à l'éternité et le mépris de la vie terrestre, qui les accompagne, dérivent d'un ordre d'idées, sur le monde en général, restées étrangères à l'esprit des anciens, tant que celui-ci put se maintenir sans altératit)n. Ces aspirations avaient bien, il est vrai, trouvé leur expression dans le platonisme et les tendances déterminées ou influencées par ce dernier; mais elles demeurèrent bornées à des cercles très-circonscrits, au moins jusqu'à la naissance du néoplatonisme.

Suivant une opinion fort accréditée, la vie présente aurait eu, pour les hommes de l'antiquité, une plus haute valeur que pour nous, par la raison que leurs espérances, en ce qui touche l'autre monde, ne pouvaient être ni aussi solides et fermes, ni aussi claires et lumineuses que celles des chrétiens. Mais l'impression générale que produit sur nous la littérature des Grecs et des Romains ne confirme celte opinion à nul égard. La disposition à savourer le plaisir de l'existence, disposition innée et qui se nourrit des splendeurs éternellement jeunes du monde, ainsi que> de tout ce qu'il y a de grand et de beau dans la vie humaine, est certes foncièrement antique. Mais ce n'est là que l'un des pôles de la contemplation de l'univers, dans l'antiquité, auquel répond, au pôle opposé, une résignation dérivant du sentiment le plus profond de la misère et de la faiblesse humaines, et dont l'expression tantôt douloureuse, tantôt pleine de soumission, se trouve partout dans la littérature des anciens. Déjà Homère, qui se faisait de l'autre monde une idée si désolante, fait dire au dieu suprême : De tout ce qui respire et rampe sur la terre, il n'est rien de plus piteux que l'homme! Si, toutefois, Homère croyait encore la grande salle où trône Jupiter garnie de deux tonneaux, remplis Tun de bienfaits, l'autre de

calamités, les poëtes des temps postérieurs comptent deux tonneaux pour le mal, et un seulement pour le bien*, et Simonide voyait la vie humaine tellement encombrée de maux que, d'après lui, il n'y avait môme pas, entre toutes ses souffrances, assez d'espa'ce pour laisser passer un filet d'air. C'est précisément au temps de l'âge juvénile et de la virilité du génie grec que l'on a répété le plus souvent, sous des formes variées, cette pensée également exprimée par Sophocle , entre autres : Le sort le plus beau, c'est de ne pas naître; le meilleur après celui-ci, de s'en retourner le plus tôt possible, après la naissance, à l'endroit d'oîi l'on est venu^. ce Les dieux rappellent tout jeunes de ce bas monde ceux qu'ils aiment, » dit Ménandre, le poëte de l'époque alexandrine le plus éminent par son esprit, des fragments duquel s'échappent des notes sourdes, oii se trahit une humeur portant à la résignation dans toutes les circonstances de la vie ^ Il regardait « la tristesse comme la sœur jumelle de la vie humaine», et estimait le plus heureux des hommes celui « qui, après avoir pu contempler sans déboire ce qu'il y a de sublime dans l'univers, s'est hâté de retourner à l'endroit d'où il était venu. » La littérature latine ne manque pas non plus de passages analogues.

Ainsi Gicéron avait conclu, dans son Hortensius\ par une considération générale sur la vanité et la misère humaines. Les erreurs et les ennuis de la vie, y disait-il,

' Lehrs, Écrits populaires, 43.

^ Naegelsbach, Théologie postérieure au temps d'Homère^ 228 et 373 (en allemand). — Voir aussi Stobée, Florileg., éd. Meineke, IV, 102 (P-K.). , .

^ Horkel, La sagesse pratique des comédies de Ménandre, p. 23 et 29 (en allemand).

* Fragm., 55; voir aussi Consol,, fr, 1 et 2.

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