‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 102 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

l'usage, à imiter les allures et le discours. Quand, à sa question sur ce que coûtaient ces funérailles, on répondit : 10 millions de sesterces, il s'écria : Eh! qu'on m'en donne seulement 100,000 et qu'on me jette ensuite dans le Tibre, si l'on veut*. Helvidius Priscus le jeune fut exécuté sous Domitien pour avoir, dit-on, parodié dans une alellane, Paris et Œnone, le divorce de l'empereur 2. Un auteur de pièces mimiques, MaruUus, dont Galien aussi a parlé, put impunément se moquer, sur la scène, de Marc- Aurèle et de Lucius Vérus-^ Ces pièces étaient pleines d'allusions, sans équivoque possible, aux amours de l'impératrice Faustine, connues de toute la ville'*, à la vie infâme que menait Commode, etc.^ L'empereur Maximin, qui n'entendait pas le grec, fut même une fois insulté personnellement en vers grecs®, sans s'en douter, dans une pièce à la représentation de laquelle il assistait au théâtre. Enfin, les mimes paraissent avoir souvent imité, sur la scène aussi , des personnes connues , et , dans une poésie qui nous a été conservée^, l'acteur Vilalis dit de lui-même :

Jpse etiam, quem nostra oculis geminabat imago

Horruit in vultu se magis esse meo.

0 quelles imitata meo se femina geslu

Vidit et erubuit tolaque mota fuit.

Pendant que le goût des masses pour le théâtre, celui

^ Suétone, Vespasien, cliap. xix.

^ Le même, Domitien, chap. x (scenico exodio). "^ H. A., Vie de Marc-Antonin, chap. viii. ^ Ibid., chap. xxix.

"' Ibid., Commode, chap. m : Appellatus est a mimis quasi obstupratus eosdemque ita ut non appareret subito deportavit. ^ Maximini duo, chap. ix.

'' Meyer, Anthol. lat., II, p. 89 (n» 1173, v. 17).

du grand public, qui préférait l'alellane à la comédie^, trouvait satisfaction dans ces farces, l'intérêt du cercle plus restreint des gens instruits suffisait à peine pour maintenir sur la scène le drame classique. Le temps de la fécondité, sur le domaine de la tragédie et de la comédie, qui, du reste, n'avait jamais été qu'une reproduction de modèles grecs, était passé depuis longtemps; les dernières tentatives isolées en ce genre ne vont pas, à ce qu'il paraît, au delà du premier siècle de notre ère. Le dernier poëte duquel on sait qu'il parvint à faire représenter ses pièces, le consulaire L. Pomponius Bassus, vécut sous Claude. La plupart des pièces dramatiques composées à cette époque n'étaient destinées qu'à former une lecture de salon; mais on a continué à écrire de nouvelles pièces mimiques jusque dans les derniers temps de l'empire. Saint Jérôme encore mentionne des mimograplies qui travaillaient de son temps^; tandis que le besoin très-limité de pièces classiques, pour la scène, était sans doute plus que couvert par le répertoire des anciennes comédies et tragédies, que l'on représentait probablement refaites sous une forme plus ou moins modernisée.

Le genre qui se maintint le mieux dans la faveur du public fut celui de la palliata ou, comme on l'appelle aussi, ! de la nouvelle comédie grecque, dans laquelle le vieux Ménandre surtout avait été maître, et dont les pièces de Plante et de Térence nous offrent des modèles de reproduction

1 Pélrone, au chap. lui du Saiyricon, fait dire à Trimalcion : Nam et comœdos emeram, sed malui illos Alellanam {cod. trag. Alellam) facere.

2 Lettres, 54, 15 : Etiamsi clementissima fueris, omnes comœdi et mimographi et communes rhetorum loci in novercam sœvissimam declamabunt.

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