‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 112 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

qu'un pantomime, comme nous l'avons dit, avait à remplir, dans la même pièce , plusieurs rôles de la nature la plus diverse. Lucien^ en mentionne une fois cinq. Ainsi, par exemple, le même acteur apparaissait d'abord dans le rôle d'Athamas furieux, puis dans celui d'Ino, frappée de terreur; ou bien il faisait d'abord Atrée, puis Thyeste, puis encore Égisthe ou Érope, la femme d' Atrée-, ou bien successivement Bacchus, Gadmus, Penthée et sa terrible mère Agave ^ Il était, de plus, du devoir de l'acteur d'exciter, par son jeu , l'imagination des spectateurs, auxquels il s'agissait de faire saisir complètement les rôles des autres personnages de la pièce, par la manière dont il savait exprimer le rapport de ceux-ci avec le personnage principal, qu'il représentait lui-même. Il fallait qu'en faisant Achille il indiquât en même temps le rôle de Paris ^ celui de Vulcain en faisant Prométhée , celui de Jupiter en jouant Ganymède, et ainsi de suite "*.

Sous Néron, le célèbre philosophe cynique Démétrius s'avisa, dit-on, de parler une fois avec dédain des pantomimes, incapables, suivant lui, de produire aucun effet sans les chœurs et sans l'accompagnement de la musique. Le premier pantomime de Rome (Paris probablement) résolut de le convaincre du contraire, en dansant devant lui la scène de l'adultère de Mars et de Vénus. Il exprima l'avertissement donné par Phcbus au mari trompé, les

1 Lucien, De saltat., 66.

2 ma., 26, 67.

3 Anthol.j éd. Jacobs, IV, p. 192. — * D'après la fable, Bacchus, pour se venger de Penthée, roi de Thèbes, qui n'avait pas voulu le reconnaître pour Dieu, inspira une telle fureur à sa mère Agave, fille de Cadmus et d'Hermione, et à ses deux tantes, qu'elles mirent ce prince en pièces de leurs propres mains. *

* Libanius, éd. Reiske, III, 391, 23.

embûches de Vulcain, les chaînes invisibles, la honte de Vénus, les prières de Mars, le rôle de tous les autres dieux appelés en cause par Vulcain, d'une façon si claire, par son jeu muet, que le philosophe, rempli d'admiration, reconnut parfaitement son erreur*. Dans Achille à Scyros, l'artiste, en représentant les vierges filant et tissant, avec Achille, habillé en femme, au milieu d'elles, produisit une illusion telle, par son jeu, que Ton croyait voir paraître Ulysse à la porte et entendre Diomède sonner de la trompette. On représentait aussi le même Achille devant Troie, jetant sa lance dans la mêlée et répandant la mort autour de lui, faisant tomber Hector sous ses coups, et traînant, avec son char, le corps de l'infortuné fils de Priam autour des murs d'ilion; enfin, les combats de Thésée, les travaux d'Hercule et même le fameaux combat des Centaures et des Lapithes^. Il va sans dire, et il existe d'ailleurs des témoignages positifs du fait, que les pantomimes changeaient de masque et de costume pour chaque nouveau rôle dans la même pièce; mais, il y avait aussi une manière de jouer qui dispensait de ce travestissement, ce qui était regardé probablement comme une preuve de grande virtuosité^. L'art de la pantomime^ parvenant à surmonter des difficultés pareilles, devait être d'autant plus grand que le danseur était môme, à ce qu'il paraît, privé de l'aide de comparses figurant les personnages secondaires. Le pantomime s'appliquait seulement , de la mine et du geste, à feindre ses rapports de circonstance avec l'autre personne censée pré-

1 Lucien, De saltat., 03.

2 Libanius, p. 373, etc.

3 Fronton, Ep. ad M. Antonin. Aug. de oral., IV, 8 : Histriones, <[uum palleolatim saltant, caudam cycni, capillum Veneris, furise flagellum eodem pallio demonstrant.

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