‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 113 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

sente'. Cependant, pour bien concevoir en général les prouesses dont on a fait honneur aux pantomimes, il ne faut pas perdre de vue que l'art antique , l'art de la scène notamment, demandait infiniment plus à Timagination du spectateur, comme il l'habituait et Texerçait bien plus à compléter l'image de ce qu'on lui offrait que ne le fait Part moderne.

La danse des pantomimes n'était pas une danse dans l'acception moderne du mot. Elle consistait principalement dans des mouvements expressifs et cadencés de la tête et des mains, bien que, naturellement, des évolutions de tout le corps, des flexions et des torsions de tous les membres, voire même des sauts ne pussent y manquer^. Le langage des mains, ce langage commun à tous les peuples, qui rachète, comme dit Quintilien^ la diversité si grande de leurs idiomes, était évidemment, dans l'antiquité, encore plus riche en gestes significatifs et généralement inteUigibles que la gesticulation et le jeu de physionomie des méridionaux de nos jours. Chaque mouvement de la main et des doigts avait sa signification^, et l'éloquence de la danse ^ fut sans doute développée, perfectionnée et raffinée de plus en plus, par un long exercice

1 Tel paraît être du moins le véritable sens du seul passage de Lucien (De saltat., 83) qui pourrait faire supposer la présence réelle des personnages secondaires.

2 Lucien, De saliat., 71. ^

* Ibid., 3, 91, etc.

5 « Manu puer loquax » est déjà une expression de Pétrone (éd. Bucheler, p. 212). — Tacite {Dial. des orat., chap. xxvi) dit : Illa fœda et praepostera sed tamen frequens quibusdam exclamatio^ ut oratores nostri tenere dicere, histriones diserte saltare dicantur. — Voir aussi, parmi les Grecs, Antipater de Thessalonique, Epigr, 27 et le C. /. G.^

de cet art. Il y avait môme des enthousiastes grecs de celui-ci, qui trouvaient les danseurs « à touche philosophique », apparaissant à leurs yeux comme des néo-pythagoriciens, plus éloquents dans le silence que ne Tétaient les rhéteurs du temps par leurs déclamations ^ Des artistes réfléchis s'appliquaient à exprimer moins les paroles que le sens général du texte, par des mouvements correspondants; ils dédaignaient, par exemple, d'indiquer la maladie en faisant semblant de lâter le pouls, ou le jeu de la lyre en pinçant les cordes de l'instrument^.

Hylas ayant voulu, à une répétition ou à l'école de danse, exprimer ces mots du texte « le grand Agamemnon » en se dressant sur la pointe des pieds, son maître Pylade l'en réprimanda, parce que, suivant lui, ce n'était pas là grandir, mais allonger le roi des rois; et aussitôt le maître lui-même, interprétant ce texte à sa manière, prit l'attitude d'un homme qui médite^ De même qu'il s'était formé, dans l'art antique, une tradition bien plus fermement établie partout que ne l'est celle qui existe dans l'art moderne, si bien que la première resta, pour tout le développement ultérieur de l'art, comme une règle sûre et un correctif des aberrations et des folles expériences auxquelles entraîne la manie d'originalité des esprits faux, de même, dans la pantomime, la fixité de la tradition conventionnelle paraît avoir aussi singulièrement faciUté, chez les anciens, le jeu aux artistes , ainsi que l'intelligence de ce jeu aux spectateurs. Lucien raconte qu'un pantomime, dans la scène de Saturne dévorant ses enfants, se fourvoya

1 Athénée, I, p. 20 D.

- Quintilien, XI, 3, 88, etc ^ Macrobe, Saturn.j II, 7.

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