LIVRE VI. — LES SPECTACLES
Le reproche que l'on faisait généralement aux pantomimes, d'afficher l'immoralité et d'exercer une influence corruptrice, ne pouvait être infirmé par leurs plus chauds partisans ^ Même sans Textrême crudité des couleurs dont JuvénaP a chargé sa description de ces spectacles, il paraîtrait hors de doute qu'ils ne contribuaient pas le moins à pervertir les femmes, qui étaient en général passionnément éprises de ces jeux. Un des derniers historiens païens de Tempire voyait dans l'introduction des pantomimes, sous Auguste, le symptôme d'une démoralisation générale, qui aurait ainsi commencé par elles, avec l'institution du pouvoir monarchique dans le monde romaine
On distinguait, dans la pantomime^ deux genres principaux, dont on ramenait l'origine aux deux fondateurs de cette forme de spectacle : à l'Alexandrin Bathylle et au Cilicien Pylade^. Ce dernier, qui écrivit aussi sur son art ^ , fut le fondateur de la pantomime tragique. Le genre introduit par Bathylle se rattachait, comme il paraît, au jeu satyrique de la même manière que le précédent dérivait de la tragédie. Le genre de Bathylle, simple et enjoué, avait de l'affinité avec le cordax, la danse burlesque des Grecs. Écho, Pan, un satyre raffolant de l'Amour, tels étaient les rôles dans lesquels brillait Bathylle, tout aussi peu
1 Pline le Jeune, Lettres, VII, 24 (au sujet du petit-fils dUmmidie Quadratilla).
- Loco citaio.
3 Zosime^ Hist.j I, 6.
* Athénée, I, p. 20 F, et Plutarque, Qusest. conv., VII, 8, c. m, 3. Tous les deux ont puisé à la même source, dans un écrit d'Aristonique. Il résulte des passages cités que le mot comœdia, dans Sénèque, ne peut s'entendre que du jeu satyrique. C'est avec raison que Welcker a nié l'existence de pantomimes comiques, c'est-à-dire de comédies transformées en pantomimes.
'" Athénée, L c.
doué pour les pantomimes pathétiques, solennelles et comprenant beaucoup de personnages, de son rival Pylade , que celui-ci pour la danse légère ^ Pylade ravissait surtout les spectateurs dans le rôle de Bacchus; il semblait, dit un auteur grec, que le dieu eût passé en lui; ce Bacchus était véritablement un enfant du ciel-; s'il s'était présenté ainsi sur l'Olympe, dit un autre, la reine des Dieux l'eût certainement revendiqué comme son fils^. Dans le nMe d'Hercule furieux cependant, il paraît que sa manière de jouer la démence lui attira le reproche de l'exagération^. Ces deux artistes firent école ^, et le genre créé par Bathylle se maintint pour le moins jusqu'au temps de Plutarque^. Il est, néanmoins, probable qu'il fut de bonne heure éclipsé par l'autre genre, qui bientôt régna seul sur la scène. Lucien, dans son écrit très-développé sur la danse, ne mentionne que la pantomime tragique.
Indépendamment de la pantomime, on voyait encore, sur la scène romaine, toute sorte d'autres représentations du genre orchestique. De même que les morceaux de chant des tragédies, d'autres poèmes, mis en musique, étaient joués comme pantomimes, avec ou sans accompagnement de danses; quelquefois les chanteurs s'accompagnaient eux-mêmes^. On avait ainsi représenté, à Rome, des pro-
1 Sénèque, Controv. epit., ïll, préface : Pylades iii comœdia Bathyllus in tiagœdia multum a se aberaiit.
- Antipater de Thessalonique, Epigr. 27 — Anthol. gr., éd. Jacobs, II, p. 102.
'■'' Boethius, ibid., p. 114.
'* Macrobe, II, 7.
•' Sénèque, Qu. nat., VII, 32 : « Stat per successores Pyladis et Bathylli , domus. )) Ce dernier mot toutefois ne saurait être le vrai.
^> Plutarque, /. c.
7 Pétrone, c. lui (odaria saltare).