LIVRE VI. — LES SPECTACLES
mentionné, qui conférait aux préteurs, entre autres pouvoirs, celui de punir de l'exil les partisans des acteurs'. Mais de pareilles scènes ne laissèrent pas de se renouveler, et, les plaintes des préteurs étant plusieurs fois restées vaines, Tibère, en l'an 22 ^ ou 23^, prononça le bannissement d'Italie contre les acteurs qui s'étaient rendus coupables ou de l'excitation de troubles au théâtre, ou d'autres délits. Il sévit notamment ainsi contre les pantomimes, et aucune des prières du peuple en faveur de leur rappel ne put l'émouvoir \ Caligula permit leurretour, dès le commencement de son règne ^, et ni sous lui, ni sous le règne de son successeur, il n'est fait mention de mesures prises contre la licence des théâtres. Néron, à la fin de l'an 55, retira même la cohorte prétorienne, qui avait la garde au théâtre pendant les représentations, alléguant pour motif qu'il était bon de soustraire les soldats aux séductions du spectacle <'. Il en résulta que les luttes des partis y recommencèrent avec plus de véhémence, d'autant plus que Néron encourageait lui-même les combattants par l'impunité et par des récompenses. Il finit même par se faire personnellement le chef d'abord occulte, puis avoué, d'un parti. Dans une bagarre où des pavés et des éclats de bancs, servant de projectiles, volaient de toutes parts, il en lança autour de lui comme les autres, et blessa un préteur à la tête^. On put se convaincre ainsi que la garde au théâtre était indispensable. Les panlo-
* Tacite, Annales^ I, 77.
2 Dion Cassius, LVII, 21.
3 Tacite, Annales, IV, 14. •
* Suétone, Tibère, chap. xxxvir.
^ Dion Cassius, LIX, 2.
<5 Tacite, Annales, XIII, 24.
7 Suétone, Néron, chap. xxvi. — Dion Cassius, LXI, 8.
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mimes furent de nouveau exilés d'Italie; les principaux coupables, parmi les spectateurs, punis d'emprisonnement par le préteur, et la tentative d'un tribun du peuple d'empêcber cette mesure impopulaire, rejelée par le sénat ^ Mais bientôt (dès avant l'an 60) on permit aux pantomimes de reparaître sur la scène ^. Titus s'interdit de la façon la plus rigoureuse toute marque d'applaudissement, même à l'égard de certains de ses pages favoris, qui régnaient alors sur la scène comme danseurs -^ Domitien défendit absolument aux pantomimes de paraître sur la scène en public " ; Nerva, cédant aux instances du peuple, le leur permit. Traj an renouvela la défense au commencement de son règne '^, mais pour la lever encore une fois après son triomphe de Dacie, en l'an i06 ^. Adrien fît au contraire paraître sur la scène même les pantomimes de la cour ^, et Lucius Verus favorisa précisément le plus ce genre de spectacle. On ne connaît pas de nouvelle défense du deuxième siècle, ni des temps postérieurs, et il n'est guère probable qu'il y en ait eu dans ces temps de barbarie croissante, où les spectacles absorbèrent de plus en plus l'attention publique, au point de ne plus laisser place, dans les esprits, pour aucun autre intérêt.
1 Tacite, AnnaleSj XIII, 24-28. — Suétone, iV^ron, chap. xvi, etc.
2 Tacite, Annales, XIV, 21.
' •' Suétone, Titus, chap. viii.
^* Le môme, Domitien, chap. vu.
f' Pline le Jeune, Panégyrique, chap. xlvi : Neque enim a te minore concentu ut tôlières pantomimos quam a paire tuo ut restitueret exactum est.
« Dion Cassius, LXVIII, 10.
7 H. A., Vie d'Adîien, chap. xix : Histriones aulicos puhlicavit; — Vie d'Alexandre Sévère, chap. xxxiv : Pantomimos populo donavil.