‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 121 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

l'assassinat de Domitien lui-môme à une passion de l'impératrice pour ce pantomime ou un de ses confrères ^ Trajan aussi , grand ami de tous les spectacles ^ , fut épris d'un pantomime du nom de Pylade ^ , et c'est sous son règne, ou peut-être sous celui de son successeur, que Ju vénal fut exilé, à cause d'un passage de sa septième satire, où il i avait déclaré la faveur d'un danseur, pour la sollicitation d'emplois ou de postes dans l'armée, plus efficace que celle de tous les grands de Home, ce qui fut interprété \ comme une allusion à un pantomime alors précisément en grande faveur, à la cour, et dont plusieurs protégés avaient eu beaucoup d'avancement^*. Parmi les affranchis en relief à la cour dissolue de L. Vérus, on ne nomme pas moins de trois pantomimes, Memphis ou Apolaustus, dont le vrai nom était Agrippus'-^^ et que l'empereur avait amené de Syrie, un troisième Paris (proprement Maximin ) , et un troisième Pylade ^. Parmi les personnes que les cancans de la ville désignaient comme les amants favorisés de l'impératrice Faustine, il y avait aussi des pantomimes'. Caracalla nomma même le danseur Théocrite commandant en chef d'un corps de troupes, en Arménie^.

On comprend, en présence de pareils faits, que la société des acteurs fût ardemment recherchée, même par des personnes des hautes classes. Déjà la résolution du sénat de l'an 15 dut interdire aux sénateurs de hanter

1 Voir t. I, p. 111.

2 Fronton, Princip. hist., 5, 13, éd. Niebuhr, p. 249.

3 Dion Cassius, LXVIII, 10.

* Voir t. I, p. 112.

^ Vie de Lucius Vérus, chap. viii.

6 Fronton, Lettres à Lucius Véras, chap. xir.

'' Vie de Marc Antoîiin, chap. xxiii.

8 Dion Cassius, LXXVII, 21.

!2U MOEURS nOMAlNES.

les pantomimes^ aux chevaliers romains de faire cortège à ces acteurs dans la rue'; mais ces défenses furent vaines. Sous Néron, hommes et femmes à Tenvi se faisaient honneur de marcher à leurs côtés 2; on voyait des jeunes gens, appartenant aux plus nobles familles, prendre avec eux la mine d'humbles serviteurs '\ Sous les règnes suivants encore, c'est autour d'eux surtout que l'on faisait foule dans les rues '*, et, sous les Antonins, nombre de personnes passaient, régulièrement, une partie de la matinée chez des pantomimes ou des cochers du cirque''^. A la mort de ce Paris que fit assassiner Domitien, beaucoup de ses adorateurs couvrirent de fleurs et aspergèrent d'essences la place oii il était tombé ^. Martial composa pour lui cette épitaphe^ : « Voyageur qui cheminez sur la voie Flaminienne, ne passez pas inconsidérément devant cette noble construction de marbre. Les déhces de Rome, l'esprit d'Alexandrie, l'art et la grâce, le badinage et la joie, l'ornement et la douleur du théâtre romain, toutes les déesses et tous les dieux de l'amour gisent ensevelis dans cette tombe, avec Paris. » Les femmes surtout, même les dames des hautes classes, avaient la réputation de n'être que trop sensibles au charme des avantages personnels admirés dans les artistes de la scène, et même d'acheter assez souvent leurs faveurs ^. Avec un intérêt aussi général et aussi vif pour le spec-

1 Tacite, Annales, I, 77,

- Sénèque, Qu. nat., VII, 32, 3.

'^ Le même, Lettres, 47, 17.

■' Pline, Hist. nat., XIX, 9.

^> Galien, Meth. med., I, (éd. Kuhn, vol. X, p. 3).

6 Dion Cassius, LXVIÏ, 3.

8 Voir t. I, ]). 379.

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lacle et les acteurs, il était inévitable que la rivalité d'artistes de talent amenât, aussi au théâtre, des divisions en partis; d'autant plus qu'il y avait toujours eu, depuis l'ancien temps, entre les acteurs une lutte d'émulation, dans laquelle les vainqueurs obtenaient des palmes, des couronnes et d'autres récompenses honorifiques. Déjà sous la république les acteurs cherchèrent à se procurer ce suffrage au moyen d'une claque organisée.

Ils s'assuraient, le plus qu'ils pouvaient, d'influents et nombreux partisans, distribuaient des claqueurs bien .payés dans les rangs de la foule des spectateurs, et tâchaient de disposer le public en leur faveur, à l'aide de gens qui en faisaient métier ^ L'organisation de ces partis, au théâtre-, s'étendit et s'affermit déplus en plus sous l'empire, soit par l'influence des factions du cirque, soit par la coopération de grands personnages et même de quelques empereurs. Les tentatives des partis de théâtre pour se terroriser et s'accabler, mutuellement, conduisirent assez souvent, là aussi, malgré la présence de toute une cohorte de mille hommes de garde au spectacle, à des rixes sanglantes et à des tumultes, qui entraînèrent mainte fois le bannissement des acteurs et la punition de leurs adhérents. Des théâtres de Rome cet abus se répandit sur ceux des provinces^. Ainsi Ëpictète "' a parlé des applaudissements déplacés d'un procureur

'- Pétrone, Sat., c. v.

2 Festus, p. 86 M.

3 Digeste, XL VIII, 19, 28, 3 (Calliste, lib. Vi, de cogiiilioiiibus) : Soient quidam, qui vulgo se juvenes appellant, in quibusdain civitatibus turbulentis se acclamationibus popularium accommodare ; qui si amplius nil adraiserint nec ante sint a prœside admoniti, fustibus cœsi dimiUuntur, aut etiam spectaculis lis interdicilur, etc.

^ Dissert., m, i.

de l'Épire. Des pantomimes étant toujours nommés comme les insligateurs de ces divisions et de ces trou- Jjles, cela prouve encore une fois clairement combien ce genre de spectacle était parvenu à éclipser tous les autres.

Les historiens ont attaché à ces incidents de théâtre assez d'importance pour se croire obligés de nous laisser au moins des rapports sur les plus considérables , ainsi que sur la conduite tenue par chaque empereur dans ces circonstances.

Déjà la rivalité de Pylade et de Bathylle avait, en Tan 17 avant Jésus-Christ, occasionné des désordres au théâtre; mais Auguste eut des ménagements pour ces artistes , qui détournaient si fort à propos des affaires publiques l'attention de la multitude et dont le second était, de plus, le favori de Mécène ^ Les spectacles célébrés en son honneur, immédiatement après sa mort, en Tan 15, furent aussi troublés par la rivahté des pantomimes qui y parurent; mais Tibère aussi, au début de son règne, craignit d'aigrir le peuple, habitué à l'indulgence pour les licences duthéâlie, par une intervention trop rigoureuse de l'autorité 2. L'année suivante, cependant, la lutte des partis au théâtre, échauffée par l'exemple du prince impérial Drusus^ ramena des scènes tumultueuses; on insulta les officiers publics; la garde intervint, et, dans la mêlée, ne tombèrent pas seulement des gens du peuple, mais aussi des soldats et même un centurion. Le tribun de la cohorte prétorienne de garde fut blessé. Ces désordres déterminèrent l'adoption d'un sénatus-corisulte déjà

1 Dion Cassius, LIV, 17.

2 Tacite, Annales, I, 54.

3 Dion Cassius, LVII, 14.

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