LIVRE VI. — LES SPECTACLES
genre, resta, dans tout l'empire romain, le but le plus élevé de l'ambition des poètes, même du plus grand talent, que l'espoir d'obtenir, sur la décision des juges \ de la main de l'empereur 2, cette couronne, faite de branches d'olivier et de chône entrelacées^, attirait dans la capitale, des provinces les plus lointaines d'outre-mer. Il y a plus : le souvenir de ces couronnements de poëtes auCapitole, traversa vivant tout le moyen âge, et Pétrarque préférait, à toute autre, la couronne obtenue à cette place, de la main d'un sénateur de Rome. Le prix de musique avait, d'abord aussi, fait ouvrir des concours pour le jeu de la cithare avec un seul exécutant et celui de la cithare chorale; il y en eut plus tard également pour le chant, pour la cilharédique, c'est-à-dire le chant avec accompagnement de cithare , pour le jeu de la flûte pytliique ou solo de flûte, et probablement aussi de la flûte chorale, peut-être même pour la récitation dramatique. C'est en vue de ces représentations musicales que Domitien fît construire, au Champ de Mars, par le célèbre architecte ApoUodore, un théâtre couvert, l'Odéon, qui pouvait contenir un auditoire de 10,600 à 11,600 personnes, et que l'on comptait ' encore, au quatrième siècle, parmi les plus beaux édifices de Rome. Les luttes gymniques portaient, au concours du Capitole, sur les exercices généralement usités en Grèce, pour les adolescents comme pour les hommes faits. Les courses de vierges pourtant, introduites à l'imitation de celle de Sparte, lors de la fondation de ce concours,
1 Mommsen, /. R. N., 5252 , ou Gruter, 332, 3 : Coronatus est inter poetas laiinos omnibus sententiis judicum. (Inscr. d'Histonium.)
2 Martial, IV, 1, 6 : Perque manus tantas plurima quercus est,
3 Stace, Silves, V, 3, 231 : Mixta quercus... oliva. — C'était le feuillage consacré à Jupiter et à Minerve. — Juvénal, VI, 387 : Capitolinam... quercum. — Martial, IX, 35, 9 : Juleœ... olivae.
ne tardèrent pas à être supprimées. La concurrence dans ces luttes était naturellement, en général, abandonnée aux athlètes originaires des contrées helléniques, et dont plusieurs se vantent des couronnes qu'ils y remportèrent, sur des monuments parvenus jusqu'à nous. T. Flavius ArchibuS;, par exemple, en avait remporté dans quatre olympiades capitolines consécutives, de 94 à 106 de notre ère : la première au Pancration^ des adolescents; les trois autres à celui des adultes -.
L'historien Dion Cassius ^ rapporte qu'au concours capitolin de 218, sous Héliogabale, l'athlète Aurélius Elix fut vainqueur dans la lutte corps à corps, aussi bien qu'au pugilat, ce qui n'avait jamais réussi qu'à sept champions depuis Hercule, aux jeux olympiques, et à nul avant lui à ceux de Rome. Pour les combats d'athlètes, \ Domitien bâtit, également au Champ de Mars, un stade, \ contenant de trente à trente- trois mille spectateurs, dont I il restait encore, au moyen âge, des débris considérables, et dont la Piazza Navona (primitivement Agon, Campus Agonis) a. conservé, dans sa forme et son nom, le souvenir jusqu'à nos jours. Le caractère hellénique de toute la fête s'exprimait, sous Domitien du moins, aussi dans l'appareil extérieur de celle-ci. L'empereur y présidait , en manteau de pourpre grec et en chaussures grecques, la tête ceinte d'une couronne d'or avec les images des trois divinités capitolines, Jupiter, Junon et Minerve. Le flamine de Jupiter et les membres du collège sacerdotal de la maison Fia vienne^ dans le même costume, à cela près que
1 * Réunion des cinq combats gymniques : course, saut, lutte, pugilat et jeu du disque ou palet. *