LIVRE VI. — LES SPECTACLES
leurs couronnes offraient, en outre, le portrait de l'empereur, étaient les juges et assesseurs du combat ^ Plus lard, les collèges sacerdotaux eurent la direction des concours, à tour de rôle, sous la présidence de Tempereur.
Les spectateurs et auditeurs formaient une assemblée unique dans le monde entier, la plus brillante au suffrage de laquelle pût aspirer un lutteur, un artiste ou un poëte -. Les jeux capitolins se maintinrent jusque dans les derniers temps de l'antiquité^. Il y eut bien encore, il est vrai, plusieurs autres concours, peut-être exclusivement gymniques , fondés par des empereurs "* : ainsi un jeu de lutteurs dit d'Hercule % dont Caracalla pourrait avoir été le fondateur; le concours déjà mentionné de Minerve, qu'institua Gordien III ^, et celui du dieu du soleil, fondé en 277 par Aurélien^; mais on ne sait presque rien de ces concours, comme de beaucoup d'autres^, et aucun, il s'en faut de beaucoup, n'a jamais approché de celui du Capitole en importance. Du reste, le jeu d'athlètes, dans les spectacles de toute nature que l'on voyait à Rome, devint, sans doute, de plus en plus commun avec le temps, sous
1 Suétone, Domitien, chap. iv. — Tertullien, Spectac, chap. xi (sacerdotales praesides agonum).
2 Hérodien, I, 9, 2.
3 Bock, Les dernières solennités des jeux capitolins de Rome, p. 6 ; Bruxelles, 1849.
4 C. 1. G.y 246, et 3208.
^ H. A., Vie d'Alexandre Sévère, chap. xxxv : Agoni prsesedit et maxime Herculeo in honorem magni Alexandri,
6 Catal. imp., C. l. G., 1068.
'^ Catal. imp.j p. 648, éd. Mommsen : (Aurelianus) agonem Solis instituit. — Eusèbe, Chron., ad a. 277 : Primus agon Solis ad Aureliano constitutus. — C. I. G., 5923, inscription trouvée à Rome, et qui se rapporte probablement à ce concours, ainsi qu'à celui d'Hercule.
8 Eusèbe, Chron., ad a. 250 : Agon raille annorum actus.
l'empire \ surtout depuis le cinquième siècle, où ces luttes durent remplacer, d'ailleurs, les combats de gladiateurs, supprimés à cette époque. Aux jeux consulaires de Flavius Mallius Théodore, en 399, figurèrent des athlètes, mais on n'y vit point de gladiateurs ^.
L'introduction de ces concours grecs à Rome rencontra, chez tous les hommes encore véritablement imbus des idées romaines, une opposition résolue, dirigée principalement contre les combats d'athlètes. Quelques espèces de ce genre de combats avaient bien été, de tout temps, communes en Italie, ainsi que dans d'autres parties de l'Occident, et même vues à Rome à des spectacles pu- ; blics, notamment la lutte corps à corps, la course à pied \ et le pugilat. Ce dernier, national en Étrurie^, dans lie Latium^ et en Campanie, ainsi qu'en Afrique^, était pratiqué en Italie aussi par des troupes entières combattant les unes contre les autres ^ , et fut toujours grandement en faveur à Rome"^. Cependant il faut croire que ces combats italiens différaient essentiellement des luttes helléniques, probablement surtout en ce que les premiers se faisaient sans art. L'aversion des Romains pour la gymnastique et l'alhlé-
^ Hérodien, III, 8, 6 (aux jeux du triomphe de Sévère). — Vie de Carin, chap. xix (ludi Romani).
2 Claudien, De co7is. FI. Mail. Théod., 287. — Voir aussi, pour cette époque, Orelli, 2588; C. I. G., 5924 ; Cassiodore, Var. ep., V, 42.
3 Tite-Live, I, 35 : Pugiles... ex Etruria acciti. ^ Suétone, Auguste, chap. xlv (pugiles Latini).
'" Le même, Caligula, chap. xviii (Afri Campanique pugiles). ^ Mommsen, /. R. N. (Pompeji) : a Pugiles catervarios et pyctas, » ces derniers évidemment grecs.
7 Horace, £■/?., II, 1, 185, dit expressément :
Si discordet eques, média inter carmina poscunt Aut ursum aut pugiles : his namque plebecula gaudet.