‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 129 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

tique grecques se fondait, avant tout, sur un sentiment de décence que choquait le nu , ainsi que sur une réprobation de tous les exercices corporels sans un but pratique, comme celui d'une instruction capable de former pour le service militaire; puis, aussi sur la crainte que le gymnase n'exerçât une influence corruptrice sur les adolescents et ne propageât l'habitude de l'oisiveté, causes qui, dans l'opinion des Romains, avaient contribué principalement, l'une et l'autre, à la décadence et à la ruine de la Grèce ^ Quand Néron non-seulement admit les combats d'athlètes dans le programme d'une fête publique romaine, mais fit bâtir un gymnase, et que, par suite de la préférence qu'il affichait pour ces exercices^, l'exemple de l'empereur et de la cour^ eut appelé partout l'intérêt sur la gymnastique grecque, depuis longtemps employée par beaucoup de gens comme un moyen d'hygiène; quand non-seulement cet art, ainsi mis à la mode, fut prisé par ceux qui l'enseignaient ou y avaient pris goût, comme indispensable pour la santé et le développement normal du corps ^ , mais qu'il y eut même des voix pour le faire admettre dans le programe de l'éducation de la jeunesse ^ : c'est notamment alors que se réveilla, dans les

1 Voyez Plutarque, Q. R., 30.

2 Suétone, Néron^ chap. xl : Neapoli... in gymnasium progressas, certantes athletas efifusissimo studio spectavit. — Galba., chap. xv : Si quid... xystici donatum (a Nerone) olim vendidissent.

3 Le même, Néron, chap. xlv : Forte accidit, ut in publica famé Âlexandrina navis nuntiaretur pulverem luctatoribus aulicis advexisse. — Pline, Hist. nat., XXXV, 168 : Inde (e Nilo arena) Patrobio certe Neronis principis liberto advehebatur.

* Voir surtout Sénèque, Lettres, 15.

5 Comme il résulte sans doute de la polémique de Sénèque disant : iEque luctatores et totam oleo ac luto constantem scientiam expello ex his studiis liberalibus.... an libérale studium istuc juventuti nostrœ credimus? [Lettres, 88, 18.)

cercles conservateurs, à Rome, l'appréhension d'y voir entrer la corruption des Grecs avec leur gymnastique. Les mœurs de nos pères, déjà fort en décadence, risquent fort, disait-on, d'être complètement perdues par ce débordement de licence venant de l'étranger; ne doit-il pas en résulter inévitablement que tout ce qui donne prise à la séduction, ou est capable d'en exercer, finira par s'offrir en spectacle à Rome, comme, pour la jeunesse, une dégénération complète, par suite de l'invasion de ce genre étranger, à force de gymnastique, d'oisiveté et d'amours infâmes ^ ? Les représentants de celte direction allaient même jusqu'à déclarer déjà extrêmement funeste, pour les mœurs, l'introduction de la gymnastique dans le régime d'éducation physique de toute personne bien portante^, et se lamentaient de voir l'énergie morale de la jeunesse romaine se noyer dans l'exercice de la force corporelle ^ Des Grecs même convenaient que les Romains avaient appris des Hellènes à se familiariser avec le nu , au détriment de leurs mœurs, mais en ajoutant que les élèves avaient, dans la suite, rendu avec usure à leurs précepteurs le mal que ceux-ci leur avaient faif*. Le concours capitolin par lequel Domitien voulait, comme il semble, introduire à Rome le genre des fêtes grecques dans leur acception la plus large, ranima cette opposition, qui persista, malgré la suppression du plus choquant de ces spectacles, des courses de jeunes filles. Un jour que Ton

1 Tacite, Annales, XIV, 20.

2 Pline, H. iV.,XXIX, 26 : llla perdidere imperi mores, quae sani patimur, luctatus, ceromata ceu valetudinis causa instituta, balineee ardentes, etc.

^ Ihid., XXXV, 168 : Ceromalis quibus exercendo javentus nostra corporis vires perdit animorum.

* Plularque, Caton V Ancien, chap. xx.

Page 1