LIVRE VI. — LES SPECTACLES
Le mot arena, appliqué à certains lieux, se retrouve dans beaucoup de villes, au moyen âge^ Mais est-il permis d'affirmer sur la foi d'une simple mention du treizième siècle, ou de tirer, comme on l'a fait^, de la circonstance qu'il existait à Paris, sur la rive gauche de la Seine, non loin du Palais des Thermes, un endroit appelé Clos des Arènes, la conclusion qu'il devait y avoir eu là un amphithéâtre? L'opinion de Bertoli^, qu'il en existait un à Aquilée, ne se fonde aussi que sur la mention fréquente d'une torre d' Arena dans d'anciens documents des archives de cette ville. La mention semblable d'un vico deW anfiteatro, d'une platea amphitheatri ^ dans le quartier des Thermes [regio Thermensis), se retrouvait, d'après Garrucci^, même àNaples, où rien d'ailleurs ne prouve qu'il y ait eu réellement un amphithéâtre.
La dénomination àeColosseum n'appartenait pas exclusivement au Cotisée de Rome^, que nous avons décrit p. 188-192. Quelques autres amphithéâtres d'Italie ont été qualifiés de même, en raison de leurs dimensions colossales, comme Font très-bien établi Mazzocchi et Maffei, et non d'après le colosse de Néron. Ainsi , notamment l'amphithéâtre de Capoue, appelé Colossus par le moine béné-
* Du Cange, s, v. : Merainit... Chronicon Episcoporum Petracoricensium Arenarum Petracoricensium sub anno 1157 : sub hoc Boso, cornes Petracoricensis super locum Arenarum Petracoricensium excelsam turrem exœdificavit. — In Consuetud. Bituric, tit. II, art. 20, fît mentio « de la fosse des Arènes de Bourges ». Unde conficitur amphitheatrum ibi olim exstitisse. Arenas Remenses commémorât Marlotus in metropoli Remensi, lib. I, cap. v; Parisienses ante S, Victorem charta anni 1284^ in Hist. academiœ Parisiensis, t. III, p. 238.
2 Caylus, Recueil des Antiq., II, p. 376. — L'emplacement est marqué sur la planche CVIII de son plan de Paris.
3 Antich. d'Aquileja, p. 254.
* SuW origine e sulla costruzione delV an fit. di Catanïa.
dictin Erchempert, qui écrivit dans cette ville, au neuvième siècle , une histoire des Lombards ; puis celui de Florence , que Benvenuto Cellini, dans son autobiographie, nomme aussi ColosseOj et celui de Luna, connu sous le même nom des gens de la campagne voisine ^ .
Une troisième série de dénominations , assez communes en Itahe, pour des ruines d'anciens amphithéâtres et même pour d'autres du même genre, dans la bouche du peuple, est celle des mots Berelais, Berelasis, Berolassi, qui, daus Erchempert , servent également à désigner l'amphilhéâlre de Capoue, et auxquels viennent se substituer, dans des documents, relatifs à l'amphithéâtre de Florence, de la période du onzième siècle au quatorzième, les mots Perilasium, Perlasium, Perlagium, Perlascio , Pierlascio, Piarlagio, Piarlasgio. Un document de 1071 porte Peribasium, mot que Manni croit être la forme originaire et correcte. Deux parchemins, des années d085 et 1086, offrent aussi la variante assez bizarre de Pratolascio. Quant aux trois premières formes, employées par Erchempert, des érudits italiens, tels que Rucca^, croient qu'elles sont d'origine arabe et datent du temps où la Basse-Itahe fut occupée par les Sarrasins. En admettant l'étymologie arabe bîr-al-as, mots qui pourraient signifier « citerne de la force » ou « forte citerne , » il y aurait lieu d'en inférer que l'aspect des amphithéâtres avait produit sur les Arabes l'effet d'immenses citernes entourées de murs circulaires; mais, en s'arrêtant à l'étymologie lombarde bero* laz, signifiant « fosse d'ours » , on aurait une exphcation non moins plausible du mot Berolais. Quoi qu'il en soit,
1 Promis, Memorie délia città di Luni, p. 225.
2 Capua vetere.