LIVRE VI. — FES SPECTACLES
envoyer sa propre portion à un chevalier, qu'il voyait manger avec un appétit hors ligne , et favoriser un sénateur dans la même disposition d'un hillet de sa main, qui le nommait préteur hors cadrée Parfois, on jetait aussi aux spectateurs toute sorte de cadeaux, notamment des masses de fruits et d'autres comestibles : ainsi, à la fête déjà mentionnée des saturnales de l'an 90, où il plut, le matin, des figues, des dattes, des noix, des prunes, de la pâtisserie, du fromage et des gâteaux; le soir, du gibier ailé, voire même des faisans et des poules de Numidie ^. Souvent aussi on jelait à la foule des jetons procurant, comme nos billets de loterie , à ceux qui les ramassaient, des gains portant sur des objels divers, en partie d'un certain prix. On possède encore quelques jetons de l'espèce, parvenus jusqu'à nous. Domitien, à une fête où la majeure partie des gains étaient tombés, le premier jour, sur les places du troisième ordre, crut devoir réserver exclusivement, le lendemain , cinquante jelons par ordre pour les places des sénateurs et celles des chevaliers^. A une très-grande fête, que Néron ordonna, pour la consécration d'une durée éternelle de l'empire romain, on jeta, jour par jour, au public, mille oiseaux de toute espèce; puis, des lots faisant gagner des objets de valeur très -inégale, comme par exemple toute sorte d'ustensiles de ménage, des bons de blé, des vêtements ;, de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, des perles, des tableaux, des animaux de trait, des bêtes féroces apprivoisées; finalement, jusqu'à des navires, des maisons de rapport et des biens de campagne ^ Titus, à
1 Suétone, Caligula, chap. xviii.
2 Stace, SilveSj I, 6, 9, etc. ; 65, etc.
3 Suétone, Domitien, chap. iv.
* Le même, Néron, chap. xi.
l'inauguration de l'amphithéâtre Fiavien, lit jeter aux assistants des lois semblables ^ A une fête d'Héliogabale, il y eut un lot bon pour dix ours, d'autres faisant gagner dix muscadins, dix tôles de salade, dix livres d'or, etc. ^ en un mot de tout ce que l'on peut imaginer, excepté des porcs, parce que la croyance de l'empereur lui défendait d'en manger^. Il va sans dire qu'il y avait, dans toutes ces occasions, une terrible presse, et que les choses ne s'y passaient jamais sans voies de fait ou batteries. Les cas de mort d'hommes ne devaient même, évidemment, pas être rares. Les gens prudents s'éloignaient avant le commencement de cet acte de la fête; ils savaient que des objets de très -mince valeur y revenaient souvent fort cher '*. Quelquefois aussi des spéculateurs achetaient d'avance, à forfait, des personnes qui ne craignaient pas cette mêlée, tout ce qu'elles pouvaient y attraper '\ Dans les temps postérieurs de l'empire, on livra plusieurs fois au peuple des centaines de pièces de gibier vivant, en partie exotiques. Il en est fait mention, pour la première fois, à propos d'une fête donnée par le premier Gordien, quand il était encore édile; mais c'est dans la célébration du triomphe de l'empereur Probus sur les Germains et les Blemmyes que ce divertissement fut repris sur la plus grande
1 Dion Cassius, LXVJ, 25.
- Vie d'Héliogabale, chap. xxii.
=' Hérodien, V, 6.
'^ Sénèque, Lettres, 74, 8.
'-> Digeste, XVIII, 1, 8, § 1 (Pomponius, libro IX, ad Sabinum) : Aliquando tamen et sine re venditio intelligitur, veiuti quum quasi aléa emitur : quod fit quum captus piscium, vel avium, vel missilium emitur; emtio enim contrahitur, eliamsi nihil incident, quia spei emlio est, et quod missilium nomine eo casu captum est, si evictum fuerit, nulla eo nomine ex emto obligatio contrahitur, quia id actum intelligitur.