LIVRE VII. — LES VOYAGES
tout à fait écartées ^ Il va sans dire qu'on devait en trouver dans toutes les villes^, et dans les localités d'une certaine importance on avait certainement partout le choix entre plusieurs hôtels^. Souvent aussi, des particuliers bâtissaient sur les propriétés, attenantes à des routes, des tavernes et auberges, qu'ils faisaient gérer par leurs affranchis ou esclaves, ce qui était une manière de tirer parti très-avantageusement du terrain. Beaucoup de stations avaient emprunté les noms de ces tavernes, ou offrant seules un gîte, ou jointes aux asiles (mansiones) bâtis et entretenus à frais publics.
On mentionne ainsi des stations aux trois tavernes (très tabernœ), près de la voie Appienne et sur la route de Dyrrhachium à Byzance"*; ad médias, ad novas, ad pictas^ [tabernas), veteribus [tavernis), et d'autres, qui tiraient probablement leurs noms d'enseignes d'auberges, comme il y en avait ad gallum gallinaceum^^ (à Narbonne et même entre Utique et Carthage), ad stabulum olearum , ad ensem, ad aquilam majorem, ad aquilam minorem, ad draconas, ad gruem magnum, et peut-être aussi ad ursum pileafum'^. Les enseignes
1 Suétone, César, chap. lxxii : Amicos tanta semper facilitate indulgenliaque tractavit, ut C. Oppio comitanti se per silvestre iter, correptoque subita valetudine deversoriolo eo quod unum erat cessent, et ipse humi ac sub divo cubuerit. — Hippolyte, Refut. hderes., V, 23.
2 Muratori, 470, 7 (Zagaroli).
3 Strabon, XVII, p. 815.
* Itin. d'Antonin, éd. Parthey et Pinder, p. 157. ^ Nom de la troisième station de la voie latine, à partir de Rome, également mentionnée par Strabon (V, 3, 9, p. 237 C).
6 Orelli, 4329 (enseigne de Narbonne).
7 Acta martyr. — Voir en outre Boissieu, Inscriptions de Lyoa, p. 419, et Greppo, Rev. du Lyonnais, t. X, p. 284; comme aussi, pour des enseignes, Quintilien, VI, 3, 38 (imago Galli in scuto cimbrico picta); et Artémidore, Onirocr., I, chap. iv, p. 12 (éd. Reiff, p. 17).
étaient, comme il paraît et comme le prouve même celle de Narbonne, souvent des figures d*animaux. Des inscriptions y invitaient les voyageurs à descendre a l'hôlel, en lui promettant un service plein de prévenances, des bains et toutes les commodités , « à la mode de la capitale, » comme on avait soin d'ajouter souvent, en Italie ^ L'inscription d'un hôtel de Lyon, qui était probablement surtout visité par des voyageurs de commerce, porte ces mots : « Ici Mercure promet du profit, Apollon de la santé, Septumanus, un bon accueil, avec la table. Qui voudra bien descendre ici s'en trouvera bien; étranger, regardez bien où vous vous logez ^. » Du reste l'aubergiste, ou sa femme, ne manquait pas de complimenter les voyageurs et de leur faire Péloge de tous les avantages et agréments de la maison , si bien que plus d'un s'y laissait prendre et descendait à un mauvais hôtel, quand il aurait pu en trouver un bien meilleure Cependant les auberges ordinaires, celles dont la mention accidentelle revient le plus souvent, n'avaient, comme nous l'avons déjà fait remarquer, rien qui engageât le voyageur à y séjourner plus qu'il ne fallait. La société y était commune^, un mélange de palefreniers et de muletiers; on ne s'y faisait écouter qu'à force de crier ^; elles étaient pleines de va-
1 Voir dans Marini Atti, II, p. 532, des inscriptions trouvées près de Bologne et près de la Via Nomentana, à 8 milles italiens de Rome.
2 Orelli, 4330. — Voir aussi Minervini {B. N., 1857, p. 58) pour une inscription de Capoue, mentionnant un « hospitium ad lucum Desidiorum. »
3 Plutarque, De vitioso pudore, chap. viii. — Voir aussi la Copa de Virgile.
* Suétone, Vitellius, chap. vu : Per stabula ac deversoria mulionibus et viatoribus praeter modum comis.
5 Plutarque, De sanitate prœc, chap. xvi, p. 130.