‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 195 sur 265 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

à Alexandrie, au fort de l'été, en profilant des vents alizés soufflant du nord, afin de remonter d'abord le Nil jusqu'à Coptos, que l'on gagnait en douze jours avec un vent favorable, et où les ballots de marchandises étaient chargés à dos de chameau. De là, les caravanes se dirigeaient soit au nord-est sur Myos Hormos (le port de la Souris), distant d'environ six journées de marche, soit au sud-est sur Bérénice, place maritime très-animée, pourvue de grands magasins et de caravansérails, qu'elles atteignaient en douze jours. Ces voyages par le désert de la Haute-Egypte se faisaient de nuit, à cause des chaleurs excessives de la saison. « Se guidant sur les étoiles, » dit Strabon, « on allait d'un puits à l'autre et se reposait le jour^ » De Myos Hor-

Cachemire. C'était alors le souverain le plus puissant de l'Inde, où l'on connaissait cependant aussi les Gangarides, établis, suivant les géographes du temps, dans la partie inférieure de la vallée du Gange. Il entra en relations avec le triumvir par l'entremise de Cléopàtre et fit même alliance avec lui; aussi Virgile s'éleva-t-il plusieurs fois, dans ses vers, contre ce prince indo-scythe. Pour se rendre dans la Bactriane, il fallait s'embarquer dans un port de la mer Rouge pour l'Indus, puis remonter ce fleuve et franchir la chaîne de l'Hindou-Kousck. Interrompues par suite de la bataille d'Actium, mais bientôt renouées par Auguste, en l'an 20 avant J.-C, ces relations se maintinrent ensuite durant environ quatre siècles, pendant lesquels les rois indo-scythes de la Bactriane furent les auxiliaires les plus utiles de la politique romaine dans l'Asie orientale vis-à-vis des Parthes et des Chinois. Le grec étant devenu, depuis les conquêtes d'Alexandre, la langue universelle de l'Orient , c'est en grec que continuèrent à se faire les transactions commerciales et les traités politiques avec tous les pays orientaux. Il est fait mention d'ambassades envoyées de l'Inde à la cour de Constantin le Grand, comme auparavant à celle de Marc-Aurèle, ainsi que par les rois de l'île de Taprobane (Ceylan) aux empereurs, du temps de Julien l'Apostat, comme déjà sous le règne de Claude. Les relations avec l'Inde durèrent ainsi jusque vers la fin de l'empire, époque à laquelle toutefois les Persans et les Éthiopiens parvinrent à en exclure et à y supplanter complètement la marine et le commerce des Romains. * C. V.

1 Varges {De statu JEgypti, p. 78-81) a décrit tout.au long ce voyage.

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mos on voyait déjà, chaque année, du temps de cet écrivain, peut-être 120 navires marchands, qui prenaient à leur bord des archers, pour leur défense contre les pirates \ faire voile, par le golfe Arabique, pour l'Inde^. Tout le voyage de l'Inde depuis Alexandrie, aller et retour, pouvait durer de six à sept mois, à compter du solstice d'été au mois de février suivante Nous en avons une relation, due à un marchand d'Egypte du milieu du premier siècle ^ Il existait alors déjà une colonie de négociants grecs, vivant au milieu d'Arabes et d'Indiens, dans une île voisine de la côte méridionale de l'Arabie Heureuse. Malgré l'insalubrité délétère du climat et les autres dangers d'un séjour dans ces parages, Muziris, sur la côte occidentale de l'Inde, en était le port le plus assidûment visité par des navires grecs '•^.

Il n'est guère admissible que les trafiquants de Kome aient pu longtemps abandonner entièrement aux Égyptiens et aux Grecs un commerce qui donnait d'aussi im-

II croit pouvoir admettre qu'à cette époque des navires pouvaient aussi passer directement du Nil dans le golfe arabique, par le canal de Ptolémée.

1 Pline, Hist. nat., VI, 106.

2 Strabon, 11,4, 11, p. 118.

3 Varges, l. c, p. 81.

* Voir, dans Pline , if . N., VI, 101, ces phrases : « Nunc primum certa notitia patescente ».... et « navigatio quse his annis comporta servatur hodie », termes d'allusion desquels on a cru pouvoir conclure que le célèbre naturaliste avait eu connaissance de cette relation, * Ceci, toutefois, s'applique à l'hypothèse que la relalion dont il s'agit, le fameux Périple de la mer Erythrée, datât réellement du temps de Claude ou de Néron, comme l'admet M. Friedlaender. Or M. Reinaud, se fondant sur des raisons qui paraissent très-justes, la croit du règne de l'empereur Philippe et de son fils, associé à l'empire en 246 et 247, c'est-à-dire d'une date correspondante au milieu du m® siècle de notre ère *.

'-> Hudson, Geogr. min., Periplus maris Eryihrxi, p. 16, 17 et 30.

menses profits. Ils ne tardèrent donc pas à faire, eux aussi, bravement les voyages de Tlnde, alors regardée comme le bout du mondée Certains produits italiens devinrent ainsi des articles courants du troc dans les ports du littoral indien^, comme par exemple le vin d'Italie à Barygaza, où Ton faisait également, avec grand profit, le change des deniers d'or et d'argent contre la monnaie du pays ^. Le fait est qu'on trouve encore aujourd'hui des monnaies romaines dans l'Inde'*.

Ainsi le commerce poussait les Romains et les Grecs vers Torient, le nord et le midi, bien au delà des frontières du grand empire qui prétendait embrasser le monde. De grandes caravanes se rendaient en Ethiopie et dans le pays des Troglodytes^. D'Alexandrie, un navire mettait souvent dix jours pour arriver en Ethiopie^. D'autres navires marchands passaient de l'Arabie Heureuse sur la côte orientale d'Afrique, au sud du cap des Senteurs (Guardafui)^. A des négociants, revenus du golfe Persique,

1 Impiger extrêmes curris mercator ad Indos.

Horace, Ep., I, 1, 45.

Les renseignements donnés par Strabon sur l'essor qu'avait pris le commerce de l'Egypte avec l'Inde sont de l'an de Rome 730, époque de son séjour en Egypte.

2 Pausanias, III, 12, 3.

^ Périple, p. 28. — * On mentionne en outre le corail, l'élain, le plomb et le bronze comme des articles recherchés dans tout l'Orient, à cette époque *.

^ Mommsen, Histoire de la numismatique romaine, p. 725. — Ptolémée, Geogr., I, 17. — * La plus curieuse de ces découvertes de médailles romaines et grecques, du temps de Kanichka même, a été faite en 1830 dans les fondations d'une vieille tour bouddhique, sur la rive gauche de l'Indus *.

s Par Coptos. — Voir Xénophon d'Éphèse, Ephésiaques, IV, 1.

6 Diodore, III, 34.

7 Ptolémée, Géogr., I, 17.

étaient dus les premiers renseignements sûrs que Ton eût sur la distance de la ville de Kharax\ située près de l'embouchure du Tigre, aux bords du golfe même 2. Parmi les étrangers établis à Pétra, en Arabie, où les attirait le commerce, il y avait aussi beaucoup de Romains, déjà du temps de Strabon^ Dans les villes situées près des bouches du Danube, des Grecs trafiquaient de mauvais vin et de mauvais habits ^ Dans la Gaule aussi les vins formaient déjà un objet de commerce'^. Les Romains avaient, dès le temps de Néron pour le moins, poussé jusqu'à la côte de l'ambre^, dans le voisinage de laquelle de nombreuses découvertes de monnaies attestent, encore aujourd'hui, l'activité des relations commerciales avec les provinces romaines^. Ainsi, les monnaies trouvées près Schreitlauken , entre Koenigsberg et la Baltique, en comprennent des temps écoulés depuis Trajan jusqu'à Commode. Des négociants, romains ou grecs, paraissent même avoir, dès ces premiers

1 Spasiné-Kharax, capitale du royaume de la Mésène et de la Kharacène (parties de l'Irak actuel), dont M. Reinaud rapporte l'origine à l'an 1*29 avant J.-C. environ, et qui finit probablement vers l'an 225 de notre ère, à l'avènement des Sassanides au trône de Perse. L'exactitude de la première de ces dates a été confirmée par des indications nouvelles résultant de médailles qui sont en possession de M. de Prokesch Osten. Les relations commerciales entretenues par les Romains avec le golfe Persique s'éteignirent avec la chute de cet État marchand *. C. V.

2 Pline. //.iV., VI, 140.

3 XVI, 4, 15, p. 779. —Voir aussi Hittorf, Pompéi et Pétra, dans la Revue archéologique, 1862, 7, p. 1-18.

4 Dion Chrysostome, Or. XXXVI, p. 444 M; XII. p. 198 M,

5 Diodore, V, 26.

« Pline, H. N., XXXVH, 45 : Sexcentis M. pass. fere a Carnunto Pannoniœ abesse littus id Germaniœ, ex quo invehitur, percognitum nuper, vivitque eques Romanus ad id comparandum missus a Juliano curante munus gladiatorum Neronis principis, qui et commercia et littora peragrovit.

"' Mommsen, Eisi. de la numismatique romaine, p. 815-818.

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