LIVRE VII. — LES VOYAGES
nom, à Rome et à Syracuse ^ La vie de tous les artistes de la scène, virtuoses en musique et athlètes, devait être bien plus nomade encore. Ils voyageaient seuls ou en troupes surtout en Grèce et dans l'Asie Mineure, où même de petites localités avaient leurs spectacles et concours périodiques, et cette mode ne larda pas à. être également imitée, de plus en plus, dans les provinces occidentales de l'empire. Les artistes en renom de l'espèce faisaient, indubitablement, des tournées régulières au moins en Grèce, dans l'Asie Mineure et en Italie, comme le prouvent nombre de monuments, érigés en leur honneur, et souvent ils furent gratifiés du droit de cité honoraire^ par les villes où ils avaient su exciter l'admiration enthousiaste du public. Un certain Aurélius Charin, chanteur célèbre, qui avait gagné des couronnes à tous les concours sacrés, depuis celui du Capitole jusqu'à ceux d'Anlioche en Syrie ^ , fut en même temps citoyen de Philadelphie, de Nicomédie et d'Athènes. Un athlète, Marc-Aurèle Asclépiade, citoyen d'Alexandrie, d'Hermopolis, de Pouzzoles, de Naples et de l'Élide, sénateur d'Athènes, ainsi que citoyen et sénateur de beaucoup d'autres villes, se vante de s'être produit dans trois pays, l'Italie, la Grèce et l'Asie Mineure ^. Un poète, des premiers temps de l'Empire, en dit autant à la louange du pancratiaste Glycon de Pergame ^*. Nous avons déjà eu
2 Ibid., 3425.
3 Ibid., 59 13.
* Antipater de Thessalonique , Epigr., 68, dans lAnthol. gr., éd. Ja- €obs, V, II, p. 113. — Voir, dans le même recueil (IV, p. 284, Adesp. 752) une autre épigramme concernant Marcus Sempronius Nicocrate, musicien et poëte, dont l'épitaphe nous a également été conseryée dans le €. I. G., 6287; Fabretti, p. 704, 248, et les Ann, de VInst., 1861, p. 125.
l'occasion de parler, ailleurs, des troupes de gladiateurs ambulants et des innombrables convois d'animaux destinés pour l'arène'. On mentionne jusqu'à des troupes de prostituées voyageant de ville en ville ^ sous la conduite d'entrepreneurs éhontés ^.
Les fêtes et les spectacles, alors si fréquents dans les provinces, attiraient toujours, de près et de loin, une multitude de spectateurs et d'intéressés. Encore au temps d'Aulu-Gelle, les jeux pythiques réunissaient presque toute la Grèce ^. On permettait même aux proscrits de venir, de leur exil dans les îles de l'Archipel, prendre part à ces fêtes , ainsi qu'aux cérémonies religieuses \ Parmi celles-ci , c'étaient les mystères d'Eleusis qui avaient conservé le plus d'attrait, même pour les Romains'^, et il ne manquait certainement pas de ces croyants qui, ne cessant pas de voyager, comme Apulée <^, d'un sanctuaire à l'autre, se faisaient initier à tous les cultes secrets , afin de ne laisser échapper le bénéfice d'aucune grâce divine.
Enfin, beaucoup de personnes voyageaient aussi pour rétablir leur santé. C'est surtout au commencement des maladies de poitrine, et lors du crachement de sang, que les médecins recommandaient les voyages de mer et le changement de climat. D'Italie, on envoyait ordinairement les malades en Egypte J, à moins qu'on ne leur conseillât.
1 CodeThéod.,\Y, 11, 2.
2 Strabon, XII, 8, 17, p. 578.
3 Aulu-Gelle, N. A., XII, 5 : Cum Delphos ad Pythia convenlumque totius ferme Grœciœ visendum Taurus philosophus iret.
* Plutarque, De exil., c. ii, p. 604.
^ Lobeck, Aglaoph., p. 37, etc.
« ApoL, p. 494.
7 Celse, III, 22.,— Pline le Jeune, Lettres, \, 19, 6. — Pline l'Ancien, H. N., XXXI, 63.