LIVRE VI. — LES SPECTACLES
une réputation sans tache, ne pouvaient alors préserver de l'infamie d'une prostitution sur la scène et dans Tarène, vis-à-vis du bon plaisir impérial. Vitellius rendit un nouvel édit, plein de vigueur, contre ce rabaissement de la dignité équestre^; Domitien même s'appliqua, du moins en apparence, au maintien de la dignité du rang ^ et, quoiqu'il donnât aux combats contre les animaux l'encouragement de son propre exemple \ il n'en allégua pas moins le reproche d'y avoir participé, comme prétexte, pour l'exécution d'Acilius Glabrion'^.
Les empereurs suivants, jusqu'à Commode, sont ceux de la part desquels une contrainte, pour forcer des membres des deux premiers ordres à se produire en spectacle, est le moins admissible. Un homme mal famé, de rang sénatorial, n'en put pas moins dire à Marc-Aurèle qu'il voyait investis de la préture beaucoup d'hommes qui avaient combattu avec lui dans l'arène^, et Sévère, demander au sénat, pour excuser Commode d'avoir participé aux combats de l'amphithéâtre, si aucun de ses membres n'avait des goûts de gladiateur, sinon dans quel autre but donc quelques-uns d'entre eux avaient fait emplette de
1 Suétone, Néron, chap. xn, où il y a cependant une exagération manifeste dans les mots quadringentos senatores, comme l'avait déjà fait remarquer Lipsius, et probablement aussi dans le nombre des chevaliers {sexcentos équités). — Tacite, Annales, XIV, 14; XV, 32. — Dion Cassius, XLIX, 17.
2 Tacite, Hist., \\, 62.
^ Suétone, Domitien, chap. viii : Quœstorium verum, quod gesliculandi saltandique studio teneretur, movit senalu. — Dion Cassius, LXVII, 13.
^ Suétone, Domitien, chap. xix. — Juvénal, IV, 99^ etc.
•' Dion Cassius, LXVII, 14.
^ Bisl. Aug., Vie de Marc Antonin, chap. xii.
boucliers lins et de casques dorés ^ Et pourtant l'arène passait pour plus dégradante encore que le cirque et le théâtre-. Caracalla faisait un cas particulier de Priscillien, parce qu*il excellait par sa vaillance dans le combat contre les bêtes féroces ^ Mais il est clair, nous le répétons, que le reproche principal de cette participation infamante des classes supérieures aux jeux des spectacles ne retombe pas, si l'on excepte le temps de Néron, sur les empereurs mêmes. C'est préciser en termes non équivoques le vrai caractère de ce symptôme effrayant de la démoralisation, propagée par ces fêtes merveilleuses et comme apprêtées par un pouvoir magique, dont l'éclat frappait et séduisait l'esprit des hommes de ce temps avec un entraînement irrésistible.
1 Dion Cassius, LXXV, 8.
2 Juvénal, VIII, 197, dit :
Res haud mira tamen citiiarœdo principe mimus Nobilis. Hœc ultra quid eril nisi ludus ?...
Sénèque, Qii. n., VII, 32 : Deinde quum sub persona diu trita frons est, transitur ad galeam.
■'i Dion Cassius, LXXVIII, 9A.