‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 20 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

une contrainte exercée, directement ou indirectement, sur des chevaliers et des sénateurs, pour les forcer à se donner en spectacle. Abstraction foite du désir de quelques princes de rendre moins choquant leur propre début sur la scène, en poussant, de tout leur pouvoir, à la plus large imitation de leur propre exemple, il est possible aussi qu'un pareil rabaissement des classes supérieures ne fût rien moins que désagréable au césarisme, en raison de sa haine contre l'aristocratie, de sa politique de nivellement et de son faible pour la populace. Or rien ne devait chatouiller plus agréablement l'esprit de celle-ci même, que de voir les descendants des plus nobles races prostituer leur\ personne, pour son amusement, à Tinstar de criminels, d'esclaves et de vils soudards. Cependant, on peut affirmer de la plupart des empereurs, ou que cette direction était loin d'entrer dans leurs vues, ou qu'elle fut tempérée, chez eux, soit par des égards pour la tradition et la loi, soit par ce qu'exigeaient les convenances dans leurs rapports avec les classes supérieures. Jules César, il est vrai, fit, à cet égard aussi, parade de son dédain de maître absolu pour les honneurs rendus à la condition sociale. Aux jeux qu'il fit donner au cirque, de jeunes hommes de la noblesse se disputaient le prix de la course des chars '. La contrainte et des récompenses déterminèrent le chevaher Labérius à se produire sur la scène ^ , et d'autres à paraître dans Tarène^. Mais peu de temps après sa mort, une résolution du sénat, en 38 avant Jésus-Christ, défendit aux chevaliers et aux sénateurs de paraître dans l'arène et sur la

1 Suétone, César, chap. xxxix.

2 Voir surtout Juvénal, VIII, 183, etc.

3 Dion Cassius, XLIli, 23. — Suétone, César, audit chapitre. — Voir aussi Dirksen, Tab. HeracL, p. 97, etc.

scène'; cependant on usa de tolérance pour la transgression de ce sénatus-consulte- et, en l'an 10 après Jésus- Christ, il fut même expressément permis aux chevaliers de comhattre comme gladiateurs ^

Tibère, nature profondément aristocratique, méprisait la populace plus encore qu'il ne haïssait la noblesse; toute intention de ravaler les classes supérieures, de quelque manière que ce fût, pour l'amour du bas peuple, était loin de sa pensée; aussi maintint-il rigoureusement le séimtus-consulte et punit-il les contrevenants de l'exil \ Des chevaliers ayant paru comme acteurs aux jeux de Drusus, il en manifesta hautement son déplaisir^. Aux spectacles de Caligula, au contraire, on vit des chars conduits par des hommes de rang sénatorial '^ , et l'empereur fit combattre, comme gladiateurs, beaucoup de chevaliers^ et même des membres du sénat ^ ne fût-ce que pour les punir de s'être produits antérieurement sur la^cène et dans l'arène, ou lorsqu'ils lui étaient dénoncés comme l'ayant fait. Il paraît que Claude eut sérieusement la volonté de faire cesser ce scandale ^ et même qu'il y parvint. Mais, sous Néron, le premier empereur qui monta lui-même sur la scène, cette manie reprit et atteignit son apogée. Aucune considération de rang ni de famille, ni la fortune, ni

1 Dion Cassius, XLVIII, 43. — Suétone, Auguste, chap. xuii, et Tibère, chap. XXXV.

- Dion Cassius, LI, 22; LUI, 21. — Suétone, ISéron, chap. iv. ^ Dion Cassius, LVI, 25.

* Suétone, Tibère, chap. xxxv.

^ Dion Cassius, LVII, 14.

«^ Suétone, Caligula, chap. xviii.

7 Ibid., chap. xxx. — Dion Cassius, LIX, 10.

8 Dion Cassius, LIX, 13.

9 Ibid., LX, 7.

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