‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 215 sur 265 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

accoutumées à son voyage de l'an 18^ , quand, après avoir gagné d'Athènes la côte d'Asie, par l'Eubée et Lesbos, il visita Périnthe et Byzance avec la Proponlide, pénétra dans le Pont-Euxin, plein du désir d'apprendre à connaître les lieux antiques et célèbres qui s'y trouvent, et ne fut empêché que par des vents contraires de visiter aussi l'île de Samothrace, à son retour. Si les côtes et îles du bassin septentrional se dérobaient encore aux visites de la majorité des voyageurs romains , la plupart d'entre eux ne pouvaient, cependant, se dispenser d'aller voir Ilion et ce qu'il y avait là de vénérable, au point de vue des vicissitudes du sort et des origines de Rome même.

La petite ville d'Ilion, habitée par des Grecs Éoliens et relativement peu ancienne, n'avait été, jusqu'à l'occupation conquérante de l'Asie par les Romains, qu'une chétive bourgade ayant tout l'air d'un village, sans mur d'enceinte et où les toits n'étaient même pas couverts de tuiles ^. Cependant, elle avait la gloire, que personne ne songeait encore alors à lui contester, d'être située à la même place que la sainte Ilie ("IXioç) d'Homère. Celle-ci, prétendaient les habitants de la localité, n'avait même jamais cessé d'exister, mais avait été rebâtie , après le départ des Grecs , par des réfugiés troyens, revenus dans leur patrie ^. Pallas, fléchie par les prières d'Hécube et d'Andromaque, était restée la divinité tutélaire de la ville nouvelle. Xerxès et Alexandre le Grand y avaient offert des sacrifices à la déesse, dans le temple de laquelle on avait même montré au second la lyre de Paris et les armures des héros d'Ho-

1 Tacite, Annales, II, 53.

2 Strabon, XIII, p. 594.

3 Ibidem, p. 600.

mère^ Les Romains, tout aussi convaincus de l'identité d'IIion avec l'ancienne Troie, firent de la ville à laquelle ils rapportaient leur origine la capitale de tout le littoral voisin; aussi parvint-elle, par suite de l'immunité d'impôt et d'autres faveurs multiples, qui lui furent accordées, à s'élever au rang d'une ville de second ordre assez considérable. L'érudition avait, il est vrai, tenté de faire tomber, sous les coups des armes de la critique, la gloire à laquelle Ilion devait sa nouvelle prospérité. Deux auteurs, l'un grammairien, l'autre une femme estimée pour ses commentaires d'Homère, contestèrent l'identité d'IIion avec Troie, en se fondant sur de doctes arguments. Chez tous les deux, natifs de villes du voisinage, l'esprit de jalousie, fomenté par des rivalités locales, était peut-être pour quelque chose dans les mobiles de cette attaque, d'autant plus redoutable qu'elle partait d'Alexandrie, c'est-à-dire du foyer principal des études de grammaire et d'archéologie grecques. Cette nouvelle manière de voir trouva, comme il paraît, de l'écho dans le monde savant; au moins gagna- 1- elle, dans la personne de Slrabon, l'appui d'une autorité de grand poids; mais, hors du cercle des érudits de profession, il ne semble pas qu'elle eût fait son chemin auprès du grand public lettré, même en Grèce. Pour les Romains, comme on le voit par Tacite^, l'identité d'IIion avec Troie ne fit jamais l'objet du moindre doute; et leurs voyageurs ne se laissaient guère arrêter, par les scrupules de l'esprit critique , dans la recherche du plaisir que leur procurait la satisfaction de retrouver, sur ce sol classique, chacun des points dont il est fait mention dans

1 Hérodote, VII, 43; Arrien^ I, H ; Plutarque, Alexandre, chap. xv,

2 Annales, IV, 55.

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