LIVRE VII. — LES VOYAGES. 4S
ment rintérêt, c'étaient les reliques provenant des temps héroïques, devenus, par la lecture générale des œuvres de tous les grands poëtes et l'enseignement de l'école, plus familiers que l'histoire même des temps plus modernes à une grande partie du monde lettrée On ne doutait même pas plus de l'authenticité de ces rehques que de celle des pièces ayant un caractère véritablement historique , car on prêtait aux vieilles légendes aussi le caractère d'une tradition historique, entremêlée seulement de contes et de fables. Or, parmi les rehques des temps héroïques, les plus estimées, comme aussi les plus répandues, paraissent avoir été celles qui dataient de la guerre de Troie , ou qui en rappelaient les événements. On en montrait partout une grande variété, depuis l'œuf de Léda (quelque œuf d'autruche probablement) , suspendu au plafond d'un temple de Sparte^, et une coupe d'ambre, offerte par Hélène au temple de Minerve, à Linde, le moule exact du sein de la belle, à ce que Ton prétendait^, jusqu'aux navires d'Agamemnon dans l'Eubée, d'Énée à Rome et d'Ulysse à Corcyre^. Il y avait d'ailleurs des reliques de temps bien plus reculés
1 Voir, dans l'Histoire Auguste, le passage de la Vie (VAurélien (chap. i) déjà cité par Grote, où le préfet de la ville, Junius Tibérien, sur un propos de Vopiscus, disant qu'il n'avait pas encore lu de biographie latine d'Aurélien, s'écrie : Ergo Thersitem, Sinonem, ceteraque illa prodigia vetustatis et nos bene sciraus et posteri frequentabunt : divum Aurelianum... posteri nescient.
2 Pausanias, III, 16, 2, et Lobeck, Aglaoph., p. 50, etc., en note. — On trouve la description d'une collection entière de pareilles reliques dans Ampelius [Liber memorabilis, chap. viii), où on lit : Sicyone in Achaia in foro œdis ApoUinis est : in ea sunt posita Agamemnonis clipeus et machœra, Ulyxis chlamis et thoracium, Teucri arcus et sagittae, etc.
3 Pline, Bist. nat., XXXIII, 84.
* Procope, Bell. Goih., IV, 22.
encore : à Panopée, en Phocidc, même des restes de l'argile avec laquelle Prométhée pétrissait des hommes, devant une chapelle de ce demi-dieu. On assurait qu'ils avaient une odeur de peau humaine ^ Il arriva, sans doute, aussi plus d'une fois qu'on montrait le même objet en deux endroits différents : ainsi, à Coptos en même temps qu'à Memphis, le cheveu qu'lsis s'arracha, dans sa douleur de la mort d'Osiris^.
On trouvait même, en Orient, des réminiscences de la mythologie grecque, dont les traditions ne pouvaient , naturellement, y avoir été semées que par des voyageurs grecs, mais avaient été retenues sur divers points parles indigènes. Ainsi Joppé , en Palestine , passait généralement pour avoir été le théâtre de la délivrance d'Andromède par Persée. Les ossements du monstre marin qui pouvaient avoir donné lieu à cette hypothèse, avaient été déjà, il est vrai, transporlés à Rome par Scaurus^; mais on n'en montrait pas moins encore à Joppé, au temps de Josèphe, les traces des chaînes d'Andromède^ et, au temps de Pausanias, une eau rougeâtre, dans laquelle Persée s'était, disait-on, lavé après le combat avec le monstre marine
C'est auprès des temples grecs que les étrangers avaient aussi le plus de certitude de trouver, moyennant salaire, des périégèles ou guides et des exégètes, faisant métier d'expliquer les curiosités delà ville, à moins qu'un hôte complaisant ne se chargeât lui-même de cet office. En
' Pausanias, X, 4, 3.
2 Lobeck, /. c.
3 C'est là aussi ce qui détermina les Juifs à rapporter l'histoire du prophète Jonas à Joppé.
^ Josèphe, Bell. Jud., III, 9, 3.
5 Pausanias, IV, 35, 6.