LIVRE VII. — LES VOYAGES
Grèce, il ne. manquait pas de périégètes, même dans les petites villes. Pausanias en mentionne dans beaucoup de localités'. Ordinairement c'étaient des prêtres et des serviteurs attachés aux temples qui remplissaient cet office^ . Il n'y avait probablement de guides de profession, attitrés, que dans les localités les plus importantes et les plus fréquentées ^ Parmi eux, figuraient quelquefois des gens instruits, ayant eux-mêmes écrit sur les antiquités de leur ville^*; mais la plupart, comme de raison, avaient tait de leur état un métier. Quoique les voyageurs fussent souvent bien aises de se laisser conduire par eux^, ils pouvaient aussi devenir pour des hommes instruits, dans des endroits comme Athènes et Olympie surtout, un véritable tourment % une fois qu'ils se mettaient à rabâcher leurs explications , apprises par cœur, et leurs historiettes , inventées pour flatter le goiit de la multitude. « Si l'on pouvait, » dit Lucien^, « bannir de la Grèce les mythes et les légendes, les guides y mourraient nécessairement de faim, car les étrangers ne se soucient pas d'entendre la vérité, même gratis. » Dans l'un des petits écrits de Plutarque^, il est
1 Voir Preller, Polemon. fr., p. 160 et 161, et Lobeck, Aglaoph., p. 29 à 31. — Une inscription du (7. /. G., 1227, parle d'un périégète, médecin en chef à Hermione.
2 Lobeck, l. c. —Pline, dans son Histoire naturelle (XXXVI, 32), dit, par exemple : Hécate Ephesi in templo Dianse post sedem, in cujus contemplatione admonent eeditui parcere oculis, tanta marmoris radiatio est.
3 Preller, l. c, p. 162.
* Ibid., p. 168.
s Sénèque, Consol. ad Marc, c. xxv, 2 : Utque ignotarum urbium monstrator hospiti gratus est, etc.
6 Et me Jupiter Olympiae, Minerva Athenis suis «.mystagogis vindicassent. (Oehler, Varronis sat. Menipp.)
7 Philopseud., § 4.
8 De Pythids oraculis.
rendu compte de la visite faite au temple de Delphes par une société, venue pour en voir les curiosités. Or elle eut beau supplier les guides de lui épargner leurs explications sur les objets qu'il avait* été convenu d'aller voir; ils insistaient même pour lire toutes les inscriptions, et cependant la moindre question qui leur fût adressée incidemment, ou dans un ordre différent de celui auquel ils étaient habitués, les jetait dans une confusion qui les faisait rester court.
En Grèce et en Asie Mineure, les guides entretenaient les voyageurs presque exclusivement de souvenirs des temps héroïques, pour lesquels l'intérêt était là plus vif que partout ailleurs \ et qui, comme nous l'avons déjà dit, étaient plus familiers que ceux des temps historiques à beaucoup de gens lettrés. L'ouvrage de Pomponius Mêla, De situ orbis terrarum, montre d'ailleurs, entre autres exemples, combien il y avait de cette préférence chez les Romains aussi. Les réminiscences mythologiques figurent, en effet, dans ses descriptions de lieux et de pays, en bien plus grand nombre que les souvenirs historiques. Même en Orient, les mythes grecs se maintenaient avec une remarquable persistance, là où ils s'étaient localisés. Ainsi, par exemple, la dérivation du nom de la ville de Canope de celui du pilote de Ménélas, citée même par Tacite, dans sa courte relation de voyage^, puis rectifiée par Aristide^, est encore reproduite par Aramien Marcellin'*. « Partout, » dit Aristide^, « on n'entendait par-
^ Tacite, Hist., 11,4 : Titus spectata opulentia donisque regum, quaeque alia laetum anliquitatibus Grœcorum genus incertcC vetustali affîngit.
2 Annales, II, 60.
3 Orat., XLVIII, p. 360 J.