LIVRE VII. — LES VOYAGES
Il va sans dire que les historiens particulièrement s'appliquaient à inspecter, de leurs propres yeux, les lieux connus pour avoir été le théâtre des événements qu'ils avaient à raconter. Suétone, notamment, paraît avoir été trèsconsciencieux à cet égard. Appien visita, près de Cajète (Gaëte); la place où avait été assassiné Cicéron^; Plutarque, le champ de bataille de Bebriacum (entre Crémone et Vérone) et le monument d'Othon, à Brixellum (Bresello)^
2*^ L'intérêt des jouissances de Part.
Cet intérêt, tout^ extérieur et superficiel chez les Romains, est dominé par celui des souvenirs historiques.
L'intérêt des souvenirs historiques, tel que le fait concevoir ce qui précède, l'emportait de beaucoup sur tout autre dans les voyages des Romains, Les considérations
chap. Ti : In avito suburbano juxta Velitras, permodicus et cellœ penuariae instar; sur celui de Titus, le même, Titus, chap. i : Natus... prope Septizonium, sordidls œdibus, cubiculo vero perparvo et obscuro, nam manet adhuc et ostenditur; sur la maison oîi Domitien était venu au monde, Martial, IX, 20; et sur celle où naquit Pescennius Niger l'Histoire Auguste, dans sa biographie, chap. xii.
1 Bell, civ., IV, 19.
2 Vie d'Othon, chap. xiv et xviii.
Ajoutons qu'en Palestine et ailleurs on recherchait de même, partout, des souvenirs de l'histoire biblique. Josèphe mentionne comme tels les restes de l'arche de Noé sur une montagae de l'Arménie {Ant. Jud , 1, 3, 5), la colonne de sel, produit de la métamorphose de la femme de Loth [ihid., I^ 11, 4), ainsi que, près d'Hébron, les tombeaux des petitsfils d'Abraham et un térébinthe gigantesque, dont on faisait remonter l'origine à la création du monde. (Le même, B. J., IV, 9 7.)
par lesquelles un poêle latin, du temps de Néron, termine un poëme sur les merveilles de l'Etna \ mettent aussi hautement en relief celte vérité. « Nous parcourons, » dit-il, « les terres et les mers, au péril de noire vie, et bravant tous les dangers, pour aller voir des temples magnifiques, avec leurs riches trésors, des statues de marbre et des antiquités sacrées; nous recherchons avidement les fables de Tantique mythologie et faisons, dans nos voyages, la ronde chez tous les peuples. Voici maintenant que nous trouvons notre plaisir à regarder les murs de Thèbes, vieux comme Ogygès, et à nous transporler en imagination dans ces temps reculés, pour admirer tantôt les pierres qui se joignaient aux accents de la voix du chanteur et aux accords de sa lyre, tantôt l'autel, duquel s'élevait, en deux colonnes distinctes, la fumée du double sacrifice ; puis les exploits des sept héros et le gouffre qui engloutit Amphiarails. Là, ce qui nous captive, c'est l'Eurotas, ainsi que la ville de Lycurgue et la troupe sacrée suivant son chef jusqu'à la mort. Puis on visite Athènes, fière de ses chantres et de Minerve, sa victorieuse déesse. C'est ici que le perfide Thésée oublia jadis à son retour, de hisser la voile blanche qui devait avertir son père. Athènes n'avait-elle pas également à répondre de la tragique destinée d'Érigone, maintenant célèbre étoile? L'histoire de la fille de Pandion, Philomèle, qui remplit les bois de son chant, et de sa sœur Progné qui, transformée en hirondelle, fait son nid auprès des toits, ainsi que du sauvage Térée, errant dans les champs solitaires, figurait également parmi les mythes athéniens. Tantôt nous admirons les cendres de Troie et Pergame pleurée par les
1 * Poëme qui a été attribué par Wernsdorf à Lucilius le Jeune, par d'autres à Cornélius Sévérus. *