LIVRE VII. — LES VOYAGES
vaincus; nous découvrons le tertre du grand Hector, où le bouillant Achille et le vengeur du grand Hector gisent également. »
Cependant le môme poëte mentionne aussi , après l'intérêt des souvenirs historiques, celui que l'on prenait à l'art, comme un des mobiles déterminants du plaisir et de la direction des voyages. H poursuit en ces termes : « Oui, les peintures et les sculptures de la Grèce aussi fascinent bien des gens : tantôt c'est Vénus Anadyomène, avec sa ruisselante chevelure, ou la terrible Colchienne, avec ses jeunes enfants jouant à ses pieds, tantôt le sacrifice d'iphigénie avec le père à la figure voilée, ou bien quelque œuvre de Myron^ Cette profusion d'oeuvres, dans lesquelles tant d'art se manifeste, attire beaucoup de personnes, et vous vous croyez obligé d'aller les voir, malgré les périls du voyage sur terre et sur mer^. y> H n'est pas besoin d'ajouter que les Romains , avides de s'instruire et de se former le goût, ne négligeaient pas, dans leurs voyages, d'examiner ces œuvres d'art, dont notamment la Grèce et l'Asie Mineure possédaient une telle quantité^. Cicéron en mentionne de même en Sicile un certain nombre, que Verres avait fait enlever aux particuliers et aux temples, dont elles étaient la propriété, et que les habitants ne manquaient pas, alors, de faire voir aux étrangers. Dans la chapelle de Héjus, à Messana, il y avait un Amour de Praxitèle, un Hercule de
* * Sculpteur grec célèbre, qui excellait surtout à représenter les animaux. *
2 L'Etna, 5G5-598.
^ Cicéron (De imp. Pomp., 14, 40) dit cependant du passage de Pompée en Grèce, où rien ne put l'arrêter : Signa et tabulas ceteraque ornamenta Greecorum oppidorum, quee alteri tollenda esse arbitrantur, ea sibi ille ne visenda quidem existimavit.
Myron et deux canéphores de Polyclète^ On n'admirait pas moins, dans cette île, la Diane de Ségeste^ et une peinture représentant un combat de cavalerie d'Agathocle, dans le temple de Minerve, à Syracuse ^
Properce ne voulait pas se contenter d'étudier, à Athènes, Platon, Démosthène et Ménandre, mais se proposait d'y contempler aussi les images et les œuvres de bronze et d'ivoire^. Il fallait, naturellement, surtout avoir vu les chefs-d'œuvre célèbres que tout homme instruit connaissait de nom , comme en offraient encore toutes les villes considérables de la Grèce, même au temps de l'empire, et dont Cicéron a également énuméré une partie^. On entreprenait des voyages uniquement pour les voir ^.
Ainsi, au temps de Cicéron, on ne visitait Thespies que pour le Cupidon de Praxitèle, qui s'y trouvait alors ^, et, suivant Pline ^, bien des gens n'avaient fait le voyage de mer
1 Messanam ut quisque nostram venerat, haec visere solebat; omnibus hœc ad visendum patebaiit quotidie ; domus erat non domino magis ornaraento quam civitati. {Verrines, II, 4, 2, etc.)
2 Colebatur a civibus, ab omnibus advenis visebatur; quum qusestor essem, nihil mihi ab illis demonstratum est prius. {Ibid., 33, 74.)
3 Nihil erat ea pictura nobilius, nihil Syracusis quod magis visendum putaretur. (Ibid., 55, 122.) — Voir aussi ibid., 57, etc.
^ Properce, III, ^1, 29, etc. — Apulée, De mundo, p. 746 : Phidian illum, quem fictorem probum fuisse tradit memoria, vîdi ipse in clypeo Minervœ, quœ arcibus Atheniensibus praevidet, oris sui similitudinem colligasse.
5 Verrines, II, 60, 135, passage qui se termine par ces mots : Longum est neque necessarium commemorare, quae apud quosque visenda sunt, tota Asia et Graecia.
6 Ibid., et 2, 4 : Cupidinem propter quem Thespiae visuntur :
nam alia visendi causa nulla est. -— Strabon, IX, 25, p. 410.
7 Pline, msl. nat., XXXVI, 22 : Ille propter quem Thespiae visebantur, nunc in Oclaviœ scholis positus.
8 Ibid., 20 : Anteomnia est non solum Praxitelis verum in toto orbe terrarum Venus quam ut vidèrent multi navlgaverunt Cnidum.