LIVRE VI. — LES SPKCTACLES
quelquefois donnés au cirque, surtout les représentations à grand spectacle.
Des jeux du cirque proprement dits, dont nous venons de faire mention, aucun, quel qu'en fut d'ailleurs l'éclat emprunté à la qualité des personnes qui y paraissaient, ou la magnificence d'aspect, n'eut jamais, il s'en faut de beaucoup , une vogue comparable à celle des fameuses courses de chars. L'amour de ce spectacle, qui exerçait une fascination si extraordinaire sur les masses, ne dérivait pas, comme autrefois dans les jeux sacrés des Grecs, de l'intérêt que l'on portait aux personnes qui se disputaient le prix de ja course, ni, comme dans nos courses modernes, de celui qu'on prenait aux chevaux en lice, mais particulièrement de la circonstance que Ton prenait fait et cause, dans un sens ou dans un autre, pour ce qu'on appelait alors les factions, auxquelles chevaux et conducteurs appartenaient. A mesure que la passion pour Thippodrome grandit et se répandit, l'intérêt pour ces derniers en particulier dut naturellement aussi croître, et, bien qu'il ne se manifestât, dans l'origine, qu'à l'occasion des chevaux, ne pas lardera prendre un caractère de sympathie personnel et direct.
Dans l'ancien temps, les citoyens avaient tantôt participé aux courses de chars avec leurs attelages et leurs esclaves seulement, tantôt même conduit en personne leurs chars dans l'hippodrome, la couronne que l'on y gagnait étant réputée assez honorable pour qu'on la déposât sur le cercueil des vainqueurs, après leur mortMVfais, plus fard, l'opinion imprima également une tache, pour le citoyen, à cette manière de prostituer sa personne, pour l'amusement du
' Pline, Hisi. nat., XXI, 7 : Inde illa XII tabularum lex : qui coronam parit ipse pecuniave ejus, virtutis suœ ergo duitor ei. — Cassiodore, Var., III, 51.
public. Le conducteur de chars ne passa pourtant jamais pour infâme comme l'acteur de la scène et le gladiateur; mais, ce métier difficile et périlleux était tombé dans le domaine des gens de peu, des affranchis et des esclaves, qui arrivaient quelquefois à gagner la liberté par leurs victoires. La loi mit cependant une digue à ses affranchissements, en disposant que les esclaves dont le peuple aurait exigé l'émancipation de l'ordonnateur des jeux, ne seraient pas libres pour ce fait^ D'ordinaire, les récompenses consistaient soit en palmes et en couronnes, soit en prix d'une somme d'argent, ou bien, suivant une habitude des temps postérieurs, en habits riches et somptueux. Par la libéralité des jdonateurs de fêtes et la concurrence des partis, dont cha-
|cun cherchait à s'attacher les virtuoses du genre, les conduc-
^eurs arrivaient assez souvent à faire des fortunes considérables. Le cocher Scorpus, qui acquit une grande célébrité sous Domitien, gagna une fois, pour prix de ses victoires, dans l'espace d'une seule heure, au rapport de Martial-, quinze bourses remplies d'or, et le revenu d'un autre conducteur de chars, du parti des rouges, égalait, d'après Testimation de JuvénaP, ceux de cent avoués. Quelquefois aussi, les cochers avaient les moyens de prendre euxmêmes un intérêt dans la direction des partis. Plus tard, leurs revenus augmentèrent encore dans une forte mesure, et, au quatrième siècle , on se plaignait des prodigalités du temps, qui faisaient tomber dans leurs mains, à titre de récompenses, des domaines entiers'.
1 Digeste, XL, 9, 17.
3 Dans la satire VII, vers 112, il dit :
Si libet, hinc centum patrimonia causidicorum , Parle alia solum russati pone lacernse,
4 Libanius, édition Reiske, II, 190, 12.