LIVRE VI
LES SPECTACLES
conseillaient les gens simples, répondaient à leurs questions et calculaient pour eux avec de petits cailloux, sur des tables, les chances de l'avenir^; des filles de mauvaise vie, dont il y avait là toujours foule, et parmi elles beaucoup de Syriennes et d'autres Orientales, dans les costumes de leur pays^, y exécutaient leurs danses lascives, au son du tambourin, des cymbales et des castagnettes.
Deliciœ populi, magno noiissima circo,
Quintia, vibratas docta movere nates, Cymbala cum crotalis, pruriginis arma, Priapo
Ponit et adducta tympana puisa manu =5.
Les spectacles du cirque avaient, comme tous les autres spectacles, singulièrement gagné, dans le cours des siècles, sous le rapport de la longueur, de la variété et des magnificences de la mise en scène. Au cirque, les principaux furent de tout temps les courses de chars. En outre de celles-ci, il s'y tenait des courses entre cavaliers, qui, à l'imitation d'un ancien exercice romain^ passaient en voltigeant, pendant la course même, de leur cheval sur un autre. C'est probablement aux jeux du cirque aussi que l'on voyait ces autres tomrs de force et d'adresse, dont il est souvent fait mention, d'écuyers couchés ou debout sur leurs chevaux, pendant la course, ou sautant par-dessus des qua-
1 Plebeium in circo posilum est et in aggere fatum, dit Juvénal, VI, 588.
2 Ad circum jussas prostare puellas,
dit Juvénal, III, 65. — Hist. Aug. Vie d'Héliogabale, chap. xxvi : Omnes de circo, de theatro, de stadio et omnibus locis et balneis meretrices.
3 Priap. 26. {Anthologie latine, éd. Meyer, 1642.) — Dans les hippodromes grecs les choses se passaient de même, mais avec moins d'indécence, comme il appert d'un passage de Dion Chrysostome {Or., XX, p. 264, M).
driges. Des boxeurs, des coureurs et des lutteurs s'y produisaient également, dans les premiers temps et môme plus tard encore, à l'époque où déjà ces luttes avaient lieu d'ordinaire dans les stades, construits ad hoc. Ainsi, par exemple, il y eut, en l'an 44 de notre ère, un combat d'athlètes au cirque. C'est là que, du temps de la république, de jeunes citoyens organisaient des combats simulés et d'autres spectacles militaires, dans lesquels ils paraissaient en armure complète. Sous l'empire, la mise en scène des représentations de ce genre fut plus souvent opérée par des détachements de troupes, tant d'infanterie que de cavalerie. D'autres spectacles encore étaient donnés, au cirque, par l'ordre équestre, qui paraissait dans ces occasions, réparti entre les six escadrons {turmx) dont il était composé, sous la conduite d'autant de chefs, ayant à leur tête le prince de la jeunesse, lequel, ordinairement, n'était autre que l'héritier du trône, on n'en saurait douter, dans sa plus riche tenue de fête. De même, les jeunes fils des familles nobles se montraient publiquement comme acteurs, au cirque, dans le jeu dit de Troie, qu'Auguste remit en honneur, avec d'autres vieilles coutumes tombées en désuétude, et qui fut repris plusieurs fois sous les empereurs de la famille de César, dont on connaît la prétention de descendre d'Énée. Des jouvenceaux, de famille sénatoriale prmcipalement, auxquels venaient se joindre aussi les princes de la maison impériale, y exécutaient des manœuvres d'équitation , couverts d'armes étincelantes et rangés suivant leur âge, par détachements, comprenant les uns les jeunes garçons, jusqu'à onze ans probablement, les autres les adolescents jusque vers dix-sept. Les combats d'animaux et de gladiateurs mêmes, qui, depuis le commencement de l'empire, avaieut heu ordinairement dans l'arène de l'amphithéâtre, étaient aussi