‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 254 sur 265 · LIVRE Vil. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. — LES VOYAGES

simultanée des effets qu'ils produisent vers un ensemble. Ce qui, tout d'abord, manque absolument, et c'est là la différence capitale entre la description moderne de la nature et le même genre dans l'antiquité, c'est la mise en relief des effels de lumière et des modifications qu'ils subissent du milieu atmosphérique. Non pas qu'il ne soit pas déjà fait aussi mention, dans les descriptions des anciens, du pur éclat des rayons du soleil, des teintes sombres d'un ciel nuageux, du clair de lune et de la scintillation des étoiles; mais il n'y est question nulle part du caractère original que le paysage et toutes ses parties empruntent au jour qui les éclaire; nulle part, de toutes les gradations qui s'établissent entre la froide clarté de la lune et les tons chauds du soleil couchant; nulle part, des teintes merveilleuses dans lesquelles se baignent matin et soir, dans le Midi, les limites de l'horizon, ainsi que les montagnes lointaines, teintes qui passent, par tous les degrés de l'échelle chromatique, du rose le plus tendre au bleu le plus foncé.

Dans toute la littérature antique, le fond bleuâtre des montagnes, les effets lointains du crépuscule, sont des images dont on chercherait en vain l'expression; dans toute la poésie antique, on ne trouverait pas un passage comparable à celui dans lequel l'immortel auteur de Faust a réuni, en quatre vers sublimes, toutes les brillantes phases d'un beau coucher du soleil^

* Ich saeh' im ew'gen A hendstrahl

Die stille Weltzu meinen Fuessen, Entzuendet aile Hoehn, beruhigt jedes Thaï, Den Silberbach in goldne Stroeme Jliessen.

Vers magnifiques dans leur simplicité, et qui peuvent à peu près se traduire :

Que je verrais (avec bonheur), aux rayons du soir de la lumière éter-

Dans aucune des inscriptions de la statue de Memnon, il n'est fait allusion par un mot aux effets de la rougeur croissante de l'aurore et du lever du soleil sur le paysage. Ovide vit Rome pour la dernière fois par un beau clair de lune; or, tandis que tout poêle moderne doué comme lui n'eût pas manqué de s'arrêter à l'image de la grande ville ainsi éclairée, c'est à peine si le poëte latin en fait la remarque en passant, lui qui n*en finit pas sur les larmes versées quand il prit congé des siens ^

Tacite rapporte que, dans un combat de nuit entre les troupes du parti des Flaviens et celles de Vitellius, la lune se leva sur les derrières de celles-là, mais uniquement pour faire ressortir le désavantage de la projection de cette clarté pour leurs adversaires^, et sans dire un mot de l'effet pittoresque qui devait en résulter et qui n'aurait, probablement, pas échappé à l'historien moderne le plus sobre de style. Si, dans la peinture antique, la perspective aérienne ne s'est pas plus développée que la perspective linéaire, c'est évidemment parce que l'on n'éprouvait même pas le besoin de peindre ce genre de phénomènes. Si le besoin en avait été senti, l'art fût certainement entré dans les voies qui lui eussent fait trouver le moyen d'y répondre, et la perspective eût été inventée dès lors.

Le peu d'extension des voyages des anciens, limités à une circonscription territoriale relativement assez restreinte, paraît se rattacher, chez eux, à cette limitation étroite du sentiment de la nature, contenu dans les bornes d'un cer-

nelle, le monde silencieux a mes pieds ; toutes les hauteurs en feu, chaque vallée dans le calme du repos, et le filet d'argent du ruisseau couler dans l'or du fleuve.

1 Ovide, Tristes, I, 3.

2 Tacite, Histoires, 111, 23.

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