‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 255 sur 265 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

cle de phénomènes très-restreint aussi. Non-seulement les steppes de la Russie, les mers arctiques, les merveilles de l'Afrique, demeurèrent inexplorées, mais l'Inde même, ce pays de fables, paraît avoir peu tenté la curiosité des voyageurs romains. Bien que de grandes flottes marchandes, naviguant pour le compte d'Alexandrie, fissent voile , chaque année, à la côte de Malabar, et que, par conséquent, l'occasion de visiter l'Inde ne manquât jamais, nous ne voyons pas que des voyageurs autres que du commerce aient jamais pris part à ces expéditions.

Cette rareté des voyages dans les pays lointains, les contrées tropicales surtout, et le manque d'excitations assez puissantes pour y pousser, réagissaient naturellement Fun sur l'autre. Parmi les motifs déterminants de ces voyages, Alexandre de Humboldt en désigne trois comme les principaux : la poésie de l'histoire naturelle, la peinture de paysages et la culture des plantes tropicales. Chez cet illustre voyageur, la première impulsion du désir irrésistible qu'il éprouva de voir le monde tropical, était venue, comme il l'a confessé lui-même \ de la description des îles de la mer du Sud par George Forster, des paysages représentant des vues prises sur les bords du Gange, qui l'avaient frappé dans la maison de Warren Hastings à Londres, et de la contemplation d'un dragonier colossal, dans une vieille tour du jardin botanique près de Berlin.

Il résulte assez clairement de tout ce que nous avons dit jusqu'ici, combien de pareilles excitations manquaient aux hommes de l'antiquité.

Le nouveau genre descriptif, tel qu'Alexandre de Humboldt a su le créer lui-même après Forster, celui qui se pro-

1 Cosmos, i. II, p. 4, etc., de l'édiUon originale.

pose et réussit si bien dans la tâche de reproduire l'impression causée par les scènes décrites, de représenter, comme par enchantement, les tableaux de la nature à l'esprit du lecteur, est une des branches les plus jeunes de la littérature moderne, et il a fallu pour la former, indépendamment d'autres conditions encore, la coopération de l'art du paysagiste avec la science du naturaliste. Il n'y avait, dans Tantiquité romaine, d'autres paysages capables d'exciter le désir de voir des pays lointains que les sujets pris en Egypte. La culture des plantes exotiques était très-limitée. Dans leurs serres, les Romains ne faisaient pousser que des fruits de primeur et des fleurs en hiver; des arbres étrangers qui, suivant Texpression de Pline ^ , sont indociles et refusent de croître sur tout autre sol que celui de leur patrie originaire, on ne voyait çà et là que le palmier et quelques arbres fruitiers; la plupart de ceux que l'on regarde aujourd'hui comme des arbres caractéristiques pour la végétation de l'Italie , y étaient notoirement inconnus, dans l'antiquité. On trouvait bien alors, dans les jardins, des plantes médicinales, déjà presque toutes réunies dans celui du médecin centenaire Castor 2, quelques arbres à épices, comme le poivrier elle cannellier% et d'autres plantes d'agrément exotiques, comme le safran {crocus), la myrrhe, la marjolaine [sampsuchum), l'hyacinthe et l'amaranthe, qu'on y cultivait comme fleurs de printemps -*; mais aucun groupement de plantes exotiques qui pût donner, même en petit, quelque

1 Hist.nat.,Xl\, 1.

- Pline, Hist. nat., XXV, 9.

3 Ibid., XVI, 136 : Vivit in Italia piperis arbor, casise vero etiam in septentrionali plaga. — Columelle, III, 8, 4 : Compluribus locis urbis jam casiam frondentem conspicimus, jara thuream plantam, florentesque horlos myriha et croco.

^ Columelle, X, 169, etc.

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