‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 33 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

rent les progrès du mal. Nous savons, par exemple, que dès le dernier siècle de la république, lors des funérailles d'un cocher nommé Félix, de la faction des rouges, un de ses partisans se précipita sur le bûcher, au moment où l'on y déposa le corps du défunt. Pline l'Ancien rapporte ce fait d'après l'indicateur public, source nullement suspecte dans le cas dont il s'agit. On pourrait croire que rhomme dont il parle ne fût qu'un pauvre fou; mais Pline ajoute que le parti contraire, pour amoindrir la gloire qui devait en rejaillir sur l'artiste décédé , représenta ce suicide comme la suite d'un étourdissement, causé par l'odeur des parfums employés dans la crémation, lorsqu'il paraît certain pourtant que ce parti n'aurait pas manqué d'en chercher la cause dans une aliénation mentale, s'il y avait eu moyen de trouver quelque crédit pour cette version. Mais, quoi qu'il en soit de ce fait isolé, il n'est pas possible que l'organisation des partis ait eu dès lors, ni même au temps d'Auguste, le grand développement qu'elle présente un demi- siècle plus tard. Ovide a choisi le cirque pour théâtre d'une de ses élégies; il regarde la course, à côté de sa bien-aimée; il parle de la troupe à diverses couleurs qui s'élance hors des barrières \ mais l'intérêt que luimême et la jeune femme prennent à la représentation se porte sur la personne d'un conducteur de char, non sur une couleur^. Horace, qui fait souvent mention de l'engouement de ses contemporains pour le théâtre et les gladiateurs , n'a que peu de mots pour le cirque, dans ses vers, et n'y parle jamais des factions; mais, dans le cours du premier siècle de

^ Evolat admissis discolor agmen equis.

Ovide, A. III, 2, 78.

2 Ibid., 67, etc. — Voir aussi Art d'aimer^ I, 145.

notre ère, en partie sous l'impression de l'intérêt passionné qu'y prirent les Caligula, les Néron, les Vilellius, le mouvement des factions gagna de l'intensité. Nous avons déjà mentionné la passion de Caligula pour les verts, poussée si loin qu'il fit, si l'on peut en croire Dion Cassius', empoisonner des chevaux et des cochers du parti opposé. Déjà dans son enfance, Néron s'attira une réprimande de son précepteur, à force de bavarder continuellement des jeux du cirque. Ayant une fois, bien que ce sujet de conversation lui fût interdit, proféré vis-à-vis de ses condisciples des lamentations sur le malheureux sort d'un cocher des verts qui avait été traîné par ses chevaux, cet élève plein d'espérance, de nouveau grondé par son maître, trouva pour excuse qu'il avait entendu parler d'Hector traîné par Achille autour des murs de Troie 2. Empereur, il ne se contenta pas de montrer la plus grande partialité pour les verts, mais se produisit lui-même avec cette couleur au cirque, où la lice fut, dans cette occasion, sablée de vert de gris, lors des spectacles qu'il offrit au roi des Parthes, Tiridate. Il arrivait aussi parfois qu'on parsemait le cirque d'éclats ou lamelles de pierre spéculaire^ Vitellius, qui, comme nous l'avons dit, n'avait pas dédaigné de faire le service de palefrenier auprès des bleus, paraît avoir été redevable de sa promotion au gouvernement de la Germanie inférieure à un homme puissant à la cour de Galba, T. Yinius, auquel il était attaché par les liens du parti dont ils étaient tous les deux. Parvenu au trône, il brigua bassement, au cirque, la faveur du bas peuple, par

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