LIVRE VI. — LES SPECTACLES
front, le meilleur servant, comme nous l'avons déjà dit, de cheval de main à la gauche, tandis que ceux du milieu avaient le cou passé sous le joug. Les conducteurs se tenaient dehout sur leur char, vêtus d'une tunique courte sans manches, étroitement serrée au haut du corps, coiffés d'un bonnet en forme de casque, lequel, couvrant aussi le front et les joues, servait à les garanlir, jusqu'à im certain point, dans le cas d'une chute. Ils tenaient le fouet à la main , et leur large ceinture portait un couteau pour couper les rênes , au besoin , précaution d'autant plus nécessaire qu'elles étaient ordinairement attachées à la ceinture du cocher. Les tuniques, comme certainement aussi les chars et tout le harnachement, étaient d'une des quatre couleurs distinctives. Parmi les médicaments que l'on employait pour guérir les blessures provenant de ces chutes, Pline l'Ancien mentionne les excréments du sanglier, administrés soit à l'extérieur, soit même en potions. Il paraît que Néron lui-même usa du remède suivant la dernière formule ^ .
Au moment de l'ouverture du spectacle , un bruit sourd , semblable au mugissement des vagues de la mer, parcourait la foule agitée. Les yeux de tous étaient fixés sur les barrières des portes d'entrée, derrière lesquelles se tenaient les attelages, en trépignant et soufflant d'impatience, dans l'attente de la course. Le magistrat présidant à la fête, du haut d'un balcon, pratiqué au-dessus de l'entrée principale, donnait le signal du départ, en jetant un mouchoir blanc dans la lice 2. Si déjà En-
1 Hist. nat., XXVIII, 237.
^ Silius Italicus, XVI, 315, etc. — Voir aussi, dans les Pères de l'Église, Lactance, VI, 20, et Grégoire Nyssen., De vita Mos., au commencement
nius^ avait vu et décrit le peuple attendant le signal du consul au cirque, près de quatre siècles plus tard, un auteur chrétien, Tertullien, auquel ce spectacle païen semblait un péché damnable et le mouchoir comme un symbole de Lucifer, précipité du cieP, décrivit encore en (ermes identiques Tattitude de ce même peuple. On entendait soudain craquer les verrous, toutes les barrières s*ouvrant au même instant, les chars s'élançaient dans Thippodrome et d'immenses clameurs, s'élevant de tous côtés, remplissaient l'air. Bientôt, un épais nuage de poussière enveloppait les chars lancés , quelque peine que l'on se donnât, sans doute, pour arroser convenablement le soP. Les conducteurs, le corps fortement penché en avant, excitaient leurs chevaux par des cris.
La distance qu'ils avaient à parcourir, en mesurant quatorze fois la lice, était d'environ 7 4/2 kilomètres; chaque course ne pouvait donc guère durer moins d'une demiheure. Les cochers expérimentés savaient ménager les forces de leurs coursiers pour le dernier tour, qui était décisif, et reprenaient alors aisément l'avance sur les novices qui, après les avoir dépassés d'abord, s'efforçaient vainement , à la fin, de stimuler à grands coups de fouet l'ardeur expirante de leurs chevaux épuisés. Souvent il arrivait aux conducteurs de tomber eux-mêmes et d'être traînés par leurs chevaux; mais la difficulté principale, le plus grand danger de ces courses, était dans le tour de la borne du fond,
1 Dans Cicéron, De div., I, 48.
- Des spectacles y chap. xvi.
3 Frontin, De aquis, 97, dit : Circus maxiinus ne diebus quidem ludoriim circensium nisi œdilium aut censorum permissu irrigabatur : quod durasse etiam postquam res ad curalores Iransiit sub Auguste apud Atejum Capilonem legimus.