LIVRE VI. — LES SPECTACLES
SOUS la république , du temps de Spartacus^ La discipline tait maintenue avec la rigueur la plus barbare, comme l'indique assez le serment rapporté plus haut, que l'on exigeait des gladiateurs lors de leur engagement. Outre les peines de la flagellation et de la marque avec un fer rouge, appliquées aux mutins, on les chargeait de chaînes. Dans une cellule de l'école d'escrime dePompéji, on a trouvé quelques squelettes ayant les fers aux pieds. Ces malheureux ont été enterrés vifs, sous la pluie de cendres qui les enveloppa peu à peu. Le régime des gladiateurs ne différait qu'en un point de celui des criminels condamnés : on était plein d'attention et de sollicitude pour le bien-être, physique des premiers. Les écoles particulièrement furent toutes établies dans des localités renommées pour leur salubrité, comme l'étaient Capoue, avec son climat paradisiaque, Préneste, avec l'air si pur de ses montagnes, Ravenne et Alexandrie, où les vents de mer tempéraient la chaleur de l'été. Le régime alimentaire tendait aussi à favoriser, chez les gladiateurs, un développement extraordinaire des muscles; on les engraissait en quelque sorte 2; la
1 Appien, Bell, civ., I, 08. — Pour s'armer, ses compagnons avaient (lu voler des épées à Capoue (Velleius Paterculus, II, 30, 5), ou se munir de bâtons et de poignards enlevés à des voyageurs (Appien), ou se forger eux-mêmes des armes (Florus, II, 8). Les suicides de gladiateurs racontés par Sénèque (Lettres, LXX, 17), furent commis sans armes par des hommes qui étaient parvenus à tromper la vigilance de leurs gardiens. — Voir également le récit de l'évasion de quatre-vingts gladiateurs à Rome, dans Zosime, 1, 66.
2 Lipsius, Saturn, II, chap. xiv. — - Pline, Hist. nal., XVIII, 72 : « Antiquissimum in cibis hordeum, sicut apparet... et gladiatorum <"ognomine, qui hordearii vocabantur. » Cependant, il se pourrait que ce ne fût là qu'un sobriquet faisant allusion à leur apparence vermeille et bouffie, dans le sens où l'emploie aussi Suétone, lorsqu'il dit, dans ses Rhéteurs célèbres, chap. ii : Ordearlum eum rhetorem appellat, deri-
préparation des mets et les rations qu'on leur délivrait étaient soumises à des prescriptions réglementaires ^ C'est ainsi, dit Sénèque^, qu'ils mangeaient et buvaient ce qu'ils devaient restituer plus tard sous forme de sang. Des chirurgiens éprouvés guérissaient leurs blessures^, et des médecins surveillaient minutieusement leur diète ''.
De même que les esclaves, et particulièrement ceux de la maison impériale, eurent souvent la permission de former entre eux des associations ou collèges '^ , il était aussi permis aux gladiateurs de s'associer pour le culte de leurs divinités tutélaires et peut-être môme à d'autres fins. Il paraît y avoir eu d'ailleurs des liens de camaraderie entre les gladiateurs des différentes armes ^ , qui avaient aussi
dens ut inflatum ac levem sordidum. — D'après Galien, les gladiateurs de Pergame mangeaient journellement force purée de haricots, avec de l'orge mondé. — Dans S. Cyprien, Lettres j 1, on lit : Impletur in succum cibis fortioribus corpus, ut arvinse toris moles robusta pinguescat, ut saginatus in pœnam carius pereat.
1 Tacite, HUi., Il, 88 : Singulis ibi militibus Vitellius paratos cibos ut gladlatoribus saginam dividebat.
2 Lettres, 37, 2.
3 Voir les prescriptions de divers chirurgiens, pour le traitement des blessures de gladiateurs, dans Scribonius Largus, Be comp. medic, 102, 203, 207, 208, et Pline, Hist. nat., XXVI, 135.
* Il y avait même, dans les écoles de gladiature, des frotteurs spéciaux {unctores), pour opérer les frictions, dont la médecine des anciens aimait tant à faire usage.
^ Mommsen, De collegiis, p. 102, 108; 78, 25. — Le plus connu de ces collèges est celui qu'avaient formé des gladiateurs de l'empereur Commode. Collegium Silvani Aureliani (Orelli, 2566). Henzen, 7209, mentionne encore un Collegium venatorum Deensium, qui ministerio arenario funguntur (id est qui in amphitheatro pugnare soient), et {ibid.f 7210) un Collegium venatorum Pollentinorum.
6 Borghesi, Jiull. Nap., 1, p. 95, rapporte l'inscription suivante : D. M. Macedoni Thr. tiro. Alexandrin, ben. mer. fec. armatura Thrœcum universa, Vixit ann. XX, mens, viii, dieb. xii. — Voir aussi Orelli, 2571 : Huic Delicatus coarmio fecit (scilicet monumentum).