‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 68 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES. J · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES. J

du démon étrusque Charon, venaient, avec des l'ers rouges, s'assurer de la vérité, yi la mort, chez l'un ou l'autre de ces malheureux, n'eût été que feinte. Des bières étaient prêtes pour les cadavres, qu'elles servaient à transporter à la chambre mortuaire, par la porte de la déesse de la Mort. Là, on achevait ceux dans lesquels il restait encore une étincelle de vie.

Bien qu'il dût se former, à l'amphithéâtre aussi, des partis parmi les spectateurs, ils n'y ont jamais pris une importance qui approchât de celle des factions du cirque, soit que l'intérêt de parti fût déjà complètement absorbé par celles-ci , soit qu'il manquât aux partis de l'amphilhéâtre, avec la base des corporations, les éléments d'organisation nécessaires.

Indépendamment des adhérents particuliers de tels célèbres et vaillants gladiateurs, il y avait, à l'amphithéâtre, des partis tenant pour les différentes armes de la gladiature, ou du moins un antagonisme entre les personnes qui étaient pour les grands bouchers, autrement dit les Myrmillons et les Samnites, et les partisans des petits bouchers, c'est-à-dire des Thraces. Ces partis aussi avaient des ramifications dans toutes les classes de la société. Dans Quintihen, un professeur d'éloquence, auquel on demande s'il est pour Théodore ou pour Appllodore, répond : Je suis pour les petits boucliers ^

Les empereurs eux-mêmes s'intéressaient à ce mouvement, comme à celui du cirque. Caligula^ et Titus =^ favori-

1 Parmularius sum (II, 11, 1).

- Suétone, Caligula, chap. xxxii, liv et lv (Myrmillonum armaturas recidit).

=5 Le même, Titus, chap. viii (Studium armatui-œ Threcum prae se ferens).

saient le petit bouclier; Domitien, le grand''. Aussi Martial, en bon courtisan, ne se fit-il pas faute de dire du mal du petit bouclier {parma), dans ces vers, par exemple :

HtTC quœ sœpe solet vinci , quœ vincere raro.

OU bien :

Vincenti parmse cum sua turba favet.

L'impartialité ne reparut à ramphithéàtre qu'avec Trajan^. Marc-Aurèle^ se félicitait d'être resté également étranger aux deux partis.

De grands combats de masses, pour lesquelles l'arène de l'amphithéâtre n'offrait pas un espace suffisant, avaient lieu en divers autres endroits; mais ces spectacles, naturellement, étaient rares. Jules César, lors des jeux par lesquels il célébra son triomphe, fit représenter une ba-' taille au cirque, où l'on avait établi deux camps pour la circonstance, après avoir fait enlever les colonnes terminales. Cinq cents fantassins, trois cents cavaliers et vingt éléphants, surmontés de tours garnies d'hommes armés, y combattirent de chaque côté\ En l'an 7 avant Jésus-Christ, un combat sur une grande échelle fut repré-

1 Suétone, Domitien, chap. x : Patrem familias quod Threcem Myrmilloni parem, munerario imparem dixerat, detractum spectaculis in arenarn, canibus objecit, cum hoc titulo : Impie locutus parmularius.

2 Pline le Jeune, Panégyrique, chap. xxxiii (Securus favor, libéra studia).

3 Comment., I, 5.

* VoirAppien, Bell, civ., II, 102; Dion Cassius, XLIII, 23; Suétone, César f chap. xxxix, et Pline, Hist. nat., VIII, 22, qui rapportent toutefois diversement le fait.

sente en l'honneur d'Agrippa (mort en l'an 12), dans les clos [septa] qu'il avait fait construire ^ A nn spectacle donné par Agrippa de Judée, à Béryte en Syrie, il y eut aussi sept cents hommes d'engagés de chaque côté 2. Claude, après la conquête de l'île de Bretagne , en l'an 44 de notre ère, fit représenter au champ de Mars, avec une exactitude parfaite, la prise et le sac d'une ville de cette contrée, ainsi que l'acte de la soumission des chefs quiycommandaient^ Lui-même y présida, drapé du manteau de général. En 57, Néron ordonna, dans l'arène de l'amphithéâtre, un combat sur une moindre échelle, entre deux troupes de fantassins en nombre égaF*, et Domitien , lors des jeux de son triomphe, en fit représenter de plus de conséquence, avec mêlée de cavaliers et de fantassins ^

1 Dion Cassius, LV, 8.

2 Josèphe, A. /., XVII, 7, 5. — Les mots consummatio gladiatorum, dans le passage précité de Pline l'Ancien, paraissent également s'appliquer à des combats pareils.

3 Suétone, Claude, chap. xxi.

* Dion Cassius, LXI, 9.

û Ibid., LXVII, 8.

g 3. — Combats d^ animaux, bestiaires et pantomimes de r amphithéâtre.

Origine de ces combats. — Bestiaires et chasseurs [venatores). — Les premières chasses d'animaux. — Les chasses au dernier siècle avant Jésus- Christ et sous l'empire. — Quantités d'animaux réunis pour ces spectacles.

— Chasses dans les provinces. — Ménageries et parcs impériaux à Rome.

— Manière dont on se procurait les animaux , tirés des provinces et de l'étranger. — Moyens de transport. — Toilette des animaux. — Manière de les apprivoiser et de les dresser. — Description des chasses dans l'arène. — Condamnés livrés aux bêtes féroces. — Mise en scène du spectacle. — Supplices et tortures , accompagnés de scènes de pantomime. — Pantomimes mythologiques d'un genre plus gai.

La première chasse d'animaux connue, à Rome, fut celle qu'y donna, en Tan 568 de la fondation de cette ville, ou 186 avant J.-C, c'est-à-dire environ quatrevingts ans après l'introduction des jeux de gladiateurs, Marcus Fulvius Nobilior, le vainqueur de l'Étolie^ Mais on avait, auparavant déjà, vu des criminels déchirés par les bêtes féroces^. Plus tard, ces spectacles qui, sous la république, se donnaient le plus souvent au grand cirque, comme il arriva quelquefois encore dans les temps postérieurs, devinrent fréquents et furent montés avec une magniticence de plus en plus grande. Tantôt on se bornait à montrer seulement les animaux, tantôt on les chassait et les tuait, en les faisant combattre alternative-

1 Tile-Live, XXXIX, 22.

2 Valère Maxime, II, 7, 13, elc. — Tite-Llve, Ejiit. 51 ; le même, XXVI, 2.

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