LIVRE VI. — LES SPECTACLES
entière semblait subjuguée par le charme de son jeu; arbres et rochers avançaient vers lui; les oiseaux planaient sur sa tête; de nombreux animaux se groupaient autour de sa personne; mais, dès qu'il parut que ce spectacle commençait à ennuyer, un ours vint y mettre lin, en déchirant la victime ^ Ces exécutions, à Rome, avaient généralement lieu de bon matin, et nous savons, par Philon^, qu'il n'en était pas autrement à Alexandrie.
Les exécutions et les supplices, sans mise en scène, étaient d'ailleurs aussi fréquents à l'amphithéâtre. On y brûlait des condamnés^; on y flagella des délateurs sous Titus ^ et sous Trajan^ ainsi que des banqueroutiers sous Adrien^.
On variait aussi ces horribles scènes mythologiques par d'autres, d'un genre folâtre et même obscène, telles que celles d'Europe avec son taureau, ou de Pasiphaé avec le sien^. Élien^ dit positivement qu'on dressait les taureaux à porter des femmes. De jeunes garçons, figurant probablement des amours, voltigeaient jusqu'au toit de tenture
1 Martial, Livre des spectacles, 21, 21 b.
-^ In Flaccum, p. 529 M.
•^ Suétone, Caligula, chap. xxvii; voir aussi Tibère, ciiap. lxxv.
^ Le même, Titus, ciiap. ix.
û Pline le Jeune, Panégyrique, chap. xxxiv.
*^ Vie d'Adrien, chap. xviii. — Voir aussi Casaubon et Saumaise. — Cet usage se maintint à Constantinople (voir Suidas et Bock, sur Vamphithéâlre de Constantinople), où Justinien fit brûler des livres païens (Malalas, XVIII, p. 49, 1). — Voir aussi Inlerp. ad Ammian. Marc XXVI, 3, 2.
'' Suétone, Néron, chap. xii : Inter pyrrhicarum argumenta taurus Pasiphaen ligneo juvencœ simulacro abditam iniit, ut multi si)ectantium crediderunt. — Livre des spectacles, 5.
^ Nat. anim., VII, 4.
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qui recouvrait l'espace occupé par les spectateurs ^ Avec cela on se permettait les licences les plus baroques , dans la représentation de fables connues. Ainsi, par exemple, on mentionne un Dédale décbiré par un lion-, un Hercule porté au ciel par un taureau*^. Puis, l'arène se couvrait subitement d'une nappe d'eau; le beau Léandre, se rendant chez la belle Héro, y nageait; des groupes pittoresques de dieux marins et de nymphes, avec rames, ancres et tridents, se jouaient autour de barques voguant à voiles déployées, et des étoiles brillaient au-dessus de la tête des Dioscures'*.
§4. — Naumachies^
Combats de navires dans l'arène inondée de ramphithéâtre. — Naumachies de Jules César et d'Auguste. — Naumachie de Claude sur le lac Fucin. — Naumachies de Titus, de Domitien et de Philippe.
L'amphithéâtre avait encore une autre destination, déjà indiquée. En inondant l'arène, on la faisait servir à la représentation d'un genre de spectacles non moins admiré, celui des naumachies ou combats de navires flottants.
1 Juvénal, IV, 122.
2 Livre des spectacles, 8.
3 ibicL, IG, etc.
4 Ibid., 25-26.
^ On trouve ce mot déjà employé par Lucilius (fragm. de sat., éd. Gerlach, 14, 4), dans ces vers :
Naumachiam licet hîec inquam alveolumque putare et Calces : délectes te, hilo non recliu' vivas.