LIVRE VI. — LES SPECTACLES
la célébration de raclièveraent d'un ouvrage de plusieurs années, c'est-à-dire des travaux du canal d'échappement construit pour conduire les eaux du lac Fucin (Lago de Celano), à travers la monlagne, dans le Liris (Garigliano) ^ Deux flottes, composées de trirèmes et de navires à quatre rangs de rames, avec un équipage armé de dix-neuf mille hommes , l'une sicilienne et l'autre rhodienne, s'y trouvaient en présence^. Un triton d'argent, sortant de l'eau, donna le signal du combat, avec la trompette^. Le lac, au rapport de Tacite, était bordé de radeaux garnis de détachements, à pied et à cheval, des cohortes prétoriennes. On voulait par là enlever aux combattants tout espoir de se sauver. Cependant, il y avait assez d'espace pour le hbre jeu des rames et du gouvernail, pour le combat naval en ligne et pour l'abordage. Sur les radeaux on avait établi des parapets munis de eatapultes, desquels toute la surface de l'eau, qu'ils commandaient par enfilade, pouvait être couverte de projectiles. Le reste du lac fut occupé par des soldats de la flotte, logés dans des bâtiments couverts. Les bords du lac, les collines et les revers des montagnes environnantes étaient remplis, comme un théâtre, d'une foule innombrable, attirée des villes et campagnes voisines, ou même jusque de Rome, par l'appât du spectacle ou le désir de voir l'empereur. Claude en personne, revêtu d'un superbe manteau de général, et, auprès de lui, Agrippine, drapée d'un surtout entièrement
1 Tacite, Annales , XII, 56, avec les notes de Nipperdey.
2 Suétone (Claude, chap. xxi) ne mentionne que douze trirèmes de chaque côté, tandis que Dion Cassius (LXVI , 30) en compte cinquante, chiffre plus vraisemblable pour un équipage aussi nombreux.
3 Suétone^ ibid. C'est à l'occasion de ce spectacle que Suétone et Dion Cassius font mention du cri célèbre : ce Ave Caesar, imperator, morituri tesalutant. »
tissu d'or, présidaient à la fêle. Les combaltants, quoique tous appartenant à la catégorie des criminels, montrèrent le coumge de vaillants hommes, et furent soustraits à la mort, tout criblés de blessures. Mais quand, après la fin du spectacle, il s'agit de faire écouler les eaux, on reconnut que les travaux exécutés ne suffisaient pas et qu'il fallait rendre les canaux encore plus profonds. Ce complément d'ouvrage terminé, on invita de nouveau la foule, en Tan 52 de noire ère, au spectacle d'un combat pédestre de gladiateurs, pour lequel ou avait jeté des ponts sur l'eau. Le banquet, organisé à l'endroit de l'échappement des eaux, fut interrompu par un accident de la violence du courant, qui emporta une partie des constructions en bois et jeta partout l'épouvante.
L'emplacement de la naumachie d'Auguste fut utilisé par Néron pour un- banquet^, et par Titus, lors des fêtes de cent jours qu'il donna en l'an 80, pour des spectacles splendides^. Le premier jour, il y eut sur le bassin d'eau, recouvert de poutres, un combat de gladiateurs et une tuerie d'animaux; le second, une course de chars; le troisième, sur l'eau même, un combat naval entre les Athéniens et les Syracusains. Puis les premiers, en étant sortis vainqueurs, abordèrent une petite île et prirent d'assaut des fortifications, qu'on y avait élevées. Domitien, jaloux de surpasser son frère en tout, ne se borna pas à faire représenter comme lui un combat naval, simplement à l'amphilhéâlre, mais fit creuser, au-dessous du Vatican, un nouveau lac d'une grande étendue ^ dont l'emplace-
1 Dion Cassius, LXI, 10.
2 Le même, LXVI, 25. — Suétone, r«7w5, chap. vu.
3 Preller, Régions de la ville de Rome, p. 207. — Gregorovius, Histoire de la ville de Rome, III, 28, etc.