LIVRE IX. LES BEAUX- ARTS DANS l' EMPIRE ROMAIN
encore existantes, comme il a été dit pins haut, sur l'emploi de la peinture à la reproduction de l'image des personnes. En effet, rien ne saurait donner mieux une mesure approximative de l'immensité de la production artistique, dans les deux premiers siècles de notre ère, que l'examen des principaux genres d'images pareilles, destinées à perpétuer la mémoire des personnes qu'elles représentent, dans des cercles publics ou privés.
En première ligne, se rangent ici les bustes, médaillons et statues des empereurs et des personnes de leur famille. Une image de l'empereur régnant, publiquement exposée aux regards, ne pouvait manquer dans aucune ville, dans aucun camp1, par la raison déjà qu'elle n'avait pas tardé à devenir l'objet d'un culte introduit partout et rendu obligatoire. Le sénat n'avait-il pas déjà pris, en l'honneur de César, une résolution portant que sa statue devait être placée dans toutes les villes et dans tous les temples de Rome2 ? Auguste avait restreint le culte de sa personne aux provinces, Tibère, généralement interdit que l'on rangeât sa statue avec celles des dieux, et permis seulement de l'adjoindre aux œuvres d'art qui servaient à l'ornement des temples3. Galigula encore rendit, au commencement de son règne, une défense semblable, mais qu'il ne tarda pas à retirer4, et bientôt, comme nous l'apprend Josèphe5, tous les peuples soumis à l'empire, ville après ville, firent une place à sa statue, à côté de celles des dieux.
1 Voyez, par exemple, ce passage de la Vie d'Élagabale, ch. xm : Misit et qui in castris statuarum ejus titulos luto tegeret.
2 Dion Cassius, XLIV, 4.
3 Suétone, Tibère, ch. xxvi. — Dion Cassins, LV1I, 9.
4 Dion Cassius, LIX, 4.
5 Bellum Jiidaicum, II, 10, 3.
Dès l'origine de l'empire, selon toute probabilité, s'était établie la coutume d'envoyer, à l'avènement de chaque empereur, dans les villes de province, sous une escorte de soldats et de joueurs de flûte, des images du souverain, ceintes d'une couronne de laurier, lesquelles pouvaient fort bien, il est vrai, n'être que des images peintes. Le peuple venait les y recevoir solennellement, en procession, avec des flambeaux et en brûlant de l'encens1. Les images des empereurs avaient le privilège d'offrir un asile aux malheureux que l'on persécutait, aux esclaves notamment2, et on leur adressait, comme à celles des dieux, l'hommage de sacrifices, d'offrandes, d'encens et de libations de vin. Sous le règne de Domitien, la rue menant au Capitale n'était pas assez large pour les troupeaux que l'on y faisait monter continuellement, afin d'alimenter ces sacrifices, dans lesquels, suivant l'expression de Pline le Jeune3, on faisait couler, devant les hideuses images du despote, en signe de vénération, autant de sang d'animaux qu'il versait lui-même de sang humain. Le refus d'adoration était puni comme un crime de lèse-majesté, et fut une des causes principales de la persécution des chrétiens*. Cependant ce culte païen des images d'empereurs continua même dans la période chrétienne, et Théodose II se vit obligé de le restreindre en 425, « afin », dit-il, «de réserver pour la divinité une vénération dépassant la limite de ce que comporte la dignité humaine 5. » Toute atteinte ou insulte à l'image de l'empereur était punie bien plus sévèrement
1 Marquardt, Manuel, II, 3, 272, n. 1183. * Lipsius, Exe. ad Tacitum (Annales, III, 36).
3 Panégyrique, ch; lu.
4 Le même, Lettres à Trajan, 96 (97), 5, etc<
5 Code Théodosien, XV, 4, 1 .