‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 131 sur 217 · LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

Il était d'usage, en outre, d'ériger des statues aux défunts, fussent-ils morts en bas âge, pour consoler et honorer les leurs, notamment le père et la mère1. A Brixia (Brescie), le conseil communal s'avisa une fois de décréter une statue équestre dorée à un garçon mort à l'âge de six ans, deux mois et cinq jours, pour faire plaisir au père survivant2: tellement ce genre de monuments, dans lesquels Gicéron déjà avait vu une preuve du défaut de mesure de son époque, étaient devenus communs avec le temps3. Une autre manière d'amplifier les honneurs de la statue, c'était d'en élever plusieurs à la même personne. Ce fut la manière dont, par exemple, les Athéniens récompensèrent leur riche concitoyen, également connu comme poëte épique, Jules Nicanor, qui, sous le règne d'Auguste, racheta pour eux l'île de Salamine, que le besoin d'argent les avait obligés d'hypothéquer, sinon de vendre. Des inscriptions élogieuses le célèbrent comme un « nouvel Homère » et un « nouveau Thémistocle4 ». A la même époque, un certain P. Lucilius Gamala eut, pour ses nombreuses constructions et donations à Ostie, deux statues en bronze, dont une dorée5. D'après une inscription trouvée à Avenches, toutle peuple (civitas) des Helvétiens avait, ainsi que ses divers cantons en particulier (pagatim), décrété des statues à un certain C. Valérius Camillus6. De même à

1 Voir, par exemple, Mommsen, G. I. L., II, 3251, et Borghesi, Bull, d. Inst., 1853, p. 158.

2 Orelli, 4051.

3 Cicéron, Philippiques, 9, 6, 13. — Pour des exemples de statues sur des chars à deux chevaux (%«), voyez I.'R. N., 4059 (Minturnes); mais aussi G. I.L.,11, 1086.

4 Keîl, Nouveau musée rhénan, XVIII (1863), 58 à 62.

5 Orelli, 3882.

6 Mommsen, Inscr. Helv., 192.

Hippone, en Nuraidie, chaque curie avait fait élever, à ses frais, une statue à L. Posthumius Félix Gélérin, pontife de l'empereur et premier magistrat de cette ville, en reconnaissance d'un magnifique jeu de gladiateurs et d'autres mérites1. A une prêtresse de Gàlama en Numidie, qui avait fait preuve d'une libéralité extraordinaire envers cette ville, le conseil communal résolut d'ériger cinq statues2. A Gonstantine, la commune offrit un nombre égal de statues de Sosia Falconilla, après la mort de cette dame, à son père Q. Pompée Sosie Priscus, consul en 169, lequel pourtant n'en accepta qu'une3.

Très-souvent d'ailleurs, sinon généralement, les statues étaient érigées aux frais de ceux auxquels en revenait l'honneur. La formule « satisfait de Fhonneur, il a dispensé des frais», dans les inscriptions qui les accompagnent, revient si souvent que, dans une foule de cas, on n'en saurait douter, les statues n'étaient évidemment décrétées qu'après une déclaration portant que lespersonnes, honorées de cette façon, étaient prêtes à en faire elles-mêmes la dépense. Exceptionnellement, on se cotisait aussi pour avancer les fonds nécessaires, dont la personne honorée restituait ensuite le montant4. A Fossombrone (Forum Sempronii), le conseil communal fit une fois porter une statue tout achevée chez une personne à laquelle on l'avait décernée par un vote secret, pour que celle-ci ne la refusât point par trop de modestie, comme elle avait déjà fait antérieurement5.

1 Renier, Mélanges d'épigrapfies, p. 221

2 Henzen, 6001.

3 Borghesi, Bull. d. Inst., 1853, p. 185 . * Orelli, 3807. — G. I. L., II, 1971.

s Orelli. 4039.

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