LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
Du reste, les villes honoraient aussi de statues des étrangers de distinction : ainsi particulièrement au deuxième siècle, les sophistes ou virtuoses les plus marquants de l'art oratoire, dans leurs pérégrinations de place en place, comme, par exemple, Aristide, qui en obtint dans plusieurs localités. A Smyrne, il avait une statue pour l'érection de laquelle les villes d'Alexandrie, d'Hermopolis la Grande et d'Antinoé s'étaient cotisées avec les Grecs du Delta1. Apulée, dans le discours qu'il adressa au conseil communal de Carthage,pourle remercier de lui avoir voté une statue, dit que pareil honneur lui avait déjà été rendu dans d'autres lieux ; que, même dans des villes de médiocre importance, ni les fonds nécessaires à l'achat du bronze, ni le talent d'un artiste, n'avaient fait défaut pour cela2. Le philosophe Démonax étant venu un jour à Olympie, les Éléens lui votèrent une statue de bronze ; il la refusa parce que cela fût, dit-il, revenu à un blâme de la conduite de leurs ancêtres, qui n'en avaient érigé ni à Socrate, ni à Antisthène3. C'était, encore au temps de Septime Sévère, l'habitude d'honorer les philosophes par des statues*.
De même que, dans les municipes, cet honneur était ordinairement décrété, au nom de la ^ville, par le conseil communal, sinon par l'assemblée générale des habitants in corpore, il Tétait à Rome par le sénat. Ce fut le sénat qui, en Fan 23, après la mort de Lucilius Longus, l'un des amis les plus anciens et les plus intimes de Tibère, résolut, indépendamment d'autres honneurs à lui ren-
» Baehr et Westermann, Aristide, dans Y Encyclopédie de Stuttgardt, I», 340.
2 Apulée, Florides, III, 16.
3 Lucien, Démonax, 58.
* Tertullien, ApoL, ch. xlvi.
dre, de lui faire ériger, à frais publics, une statue au forum d'Auguste, attendu qu'alors, comme le dit Tacite1, tout se traitait encore au sénat. La défense de Galigula, d'ériger une statue ou un buste à aucun vivant, sans sa permission expresse2, abolit le droit du sénat de prendre de pareils arrêtés; mais Claude le fit revivre, en l'an 45, et même dépendre de la permission du sénat l'érection publique de statues fournies par des particuliers. Elle ne fut plus accordée qu'à des personnes ayant fait élever, de leurs propres deniers, un édifice public , ou à leurs parents, et seulement dans l'enceinte dudit bâtiment. Jusque-là, chacun avait été libre de faire exposer publiquement son image, soit en peinture, soit en pierre ou en bronze. Il s'en était suivi, dans Rome, une telle invasion de pareilles images, ayant la prétention de passer pour des monuments, que Claude dut y remédier en les répartissant autrement3. Cependant il est possible que l'on eût continué de permettre aux particuliers l'érection de statues dans les temples, à l'instar, par exemple, de celle qui avait été élevée, au moyen de contributions volontaires, dans le temple d'Esculape, à Antoine Musa, médecin d'Auguste*. Comme du reste le sénat ne décernait, certainement, jamais un pareil honneur, par son vote, que d'accord avec les empereurs, sinon d'après leur ordre exprès, on peut tout aussi bien rapporter à ces derniers l'érection des statues. De Tibère, par exemple, Dion Gassius rapporte6 qu'il honora par des statues la mémoire de beau-
1 Annales, IV, 15.
2 Suétone, Caligula, ch. xxxiv.
* Dion Gassius, LX, 25.
4 Suétone, Auguste, ch. lix.