LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS l' EMPIRE ROMAIN
disputer aux autres la prééminence dans l'art d'animer le bronze et de faire sortir du marbre des traits vivants. Parmi les nombreux artistes sculpteurs que Ton connaît, du temps de la domination romaine aussi, il n'en est que très-peu qui puissent, comme Coponius, Décius et quelques autres encore1, passer pour des Romains de naissance. A Rome, ce furent, dans lçs derniers temps de la république comme sous l'empire, notamment des Grecs, mais surtout des Athéniens et des Grecs de l'Asie Mineure, qui créaient les chefs-d'œuvre les plus admirés, étaient occupés dans les entreprises artistiques les plus importantes et obtenaient les prix les plus élevés. La statue du temple consacré par César, en l'an 46 avant Jésus-Christ, à Vénus mère, était une œuvre d'Arcésilas ; ce fut l'Athénien Diogène qui orna de cariatides et de statues frontales le Panthéon d'Agrippa, et les artistes, travaillant à deux pour la plupart, qui, au rapport de Pline, peuplèrent les palais impériaux des statues les plus estimées, étaient tous aussi des Grecs \
Dans la peinture, il en était tout autrement. Grâce à leur attachement à une antique tradition, qui leur avaitfait une habitude de couvrir les murs de stuc, les Italiens étaient arrivés, de bonne heure, dans l'art de la peinture murale, à une certaine habileté, qu'ils employèrent peutêtre plus tôt que les Grecs à la représentation de sujets mythologiques et historiques, ou autres, outre-passant les limites du domaine de la décoration pure et simple3. L'avantage que la peinture avait, à Rome, sur l'art plastique,
1 Brunn, Histoire des artistes, I, 602, et G. Hirschfeld, Tituli statuariorum sculptorumque, p. 186, etc.
2 Brunn, ouvrage précité, I, 612, 518.
3 Semper, le Style, I, 490.
dans la faveur des Romains, s'explique aussi par la raison qu'elle se prêtait beaucoup mieux à la représentation fidèle et saisissante des choses arrivées. Aussi n'était-ce pas, dans l'aucien temps, un déshonneur, même pour des hommes de la plus haute noblesse , que l'exercice de cet art : ainsi un Fabius, en lfan de Rome 450 correspondant à 304 avant Jésus-Christ, orna le temple de la déesse du Salut d'un ensemble de peintures, dont Denys d'Halicarnasse encore fait un grand éloge, et qui ne périrent que sous le règne de Claude, par l'incendie de ce temple. Le nom de Pictor resta même, comme on sait, héréditaire dans la famille de ce Fabius. Depuis Pacuvius, dont la vie se prolongea jusqu'au temps des Gracques, il est vrai que la peinture n'avait plus été vue aux mains de gens comme il faut, suivant l'expression de Pline. Il est probable que, depuis lors, les artistes romains avaient peu à peu cédé le terrain aux artistes grecs, formés à une école plus haute, et dont le flot envahit Rome progressivement. Plus l'exercice de la peinture par des étrangers, des gens de condition non libre et des affranchis, dura et se généralisa, moins on considéra l'exercice de cet art comme honorable pour des Romains. Cependant, il resta toujours plus en honneur chez eux que l'art plastique, et, même sous l'empire, les Romains n'abandonnèrent jamais entièrement la peinture aux Grecs. Pour la peinture, Pline put utiliser une monographie romaine d'un certain Fabius Vestalis ; pour Fart plastique, ses seules sources romaines furent des livres archéologiques, polyhistoriques et encyclopédiques1. La circonstance que l'on donna, sous Auguste, une éducation de peintre à un jeune garçon
• Hist. nat., VII, 213 (XXXIV à XXXVI).