‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 161 sur 217 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE R03IAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE R03IAIN

tarque dit 1 qu'aucun jeune homme, animé de sentiments nobles, n'éprouvera jamais le désir de devenir un Phidias, à la vue du Jupiter Olympien, ou un Polyclète, à celle de la statue de Junon d'Argos, il a soin d'ajouter, pas plus que celui de devenir un Anacréon, un Philétas ou un Archiloque, après s'être délecté des poésies de ces derniers. Car, quel que soit le plaisir causé par la grâce que respire une œuvre, elle ne rend pas nécessairement estimable l'auteur de celle-ci. Il ne résulte donc aucunement de ce passage de Plutarque un dédain, assimilant les artistes à de vulgaires artisans, comme on a cru pouvoir le conclure de ses expressions2; mais un jugement qui les place sur la même ligne que les plus grands poètes. Sénèque, au contraire, qui ne voyait dans les arts figuratifs que des œuvres de luxe, et qui ne voulait pas leur accorder une place parmi les études qui , comme celle de la grammaire, de la musique, de la géométrie et de l'astronomie 3, moralisent l'esprit des jeunes gens, ne voyait aussi qu'un ouvrier dans l'artiste. Tout en adorant les idoles, dit-il, on méprise ceux qui les façonnent4. Notamment le cas exclusif et exagéré que l'on faisait de l'éducation littéraire et de la rhéthorique, était doublé du dédain des beaux-arts et de ceux qui les professaient. Tel est, en particulier, le point de vue auquel se place Plutarque 5, lorsqu'il met non-seulement Alcamène et Nésitus, mais Ictinus aussi sur la même ligne

1 Périclès, ch. il.

2 Notamment G.-F. Hermann, dans ses Études des artistes grecs, p. 6, 8 (ouvrage allemand).

3 Sénèque, Lettres, 88, 18.

4 Sénèque, dans Lactance, Inst., II, 2, 14; éd. Haase, III, p. 443.

5 Prœcepta gerendx reipublicse, 5, 7.

avec les gens du commun, qui ne veulent rien savoir de l'art oratoire ; et Lucien également, quand il introduit, dans son Songe (ch. ix), la sculpture comme une femme inculte, rude et sale, aux mains calleuses, tandis qu'il met en scène la rhétorique comme une splendide personne, dans la bouche de laquelle il met que Polyclète et Phidias eux-mêmes devaient, nécessairement, faire aux admirateurs de leurs œuvres l'effet d'artisans vulgaires. Philostrate, qui compte parmi les sages les poêles, les musiciens, les astronomes et les rhéteurs les plus distingués, consent du moins à admettre parmi les demi-sages, à côté des marins et des campagnards, les peintres et les sculpteurs , « quand ils suivent les Heures ; » car ces arts aussi, dit-il, « approchent de la sagesse1. » Galien2 range parmi les sciences et les arts les plus recommandables, dans le choix d'une profession, la médecine, la rhétorique, la musique, la géométrie, l'arithmétique, le calcul, l'astronomie, la grammaire, la jurisprudence ; puis, il y a lieu, dit-il, d'y ajouter, si l'on veut, la peinture et l'art plastique. En général, on peut admettre que les artistes, comme les arts eux-mêmes, étaient, à cette époque aussi, en plus grande estime dans le monde grec que dans le monde romain.

Des deux arts figuratifs, le premier, l'art plastique, était évidemment resté, même au temps de la domination des Romains, presque entièrement dans les mains des Grecs de naissance ou d'éducation. Virgile a exprimé, avec une superbe toute romaine 3, le sentiment que la nation appelée à conquérir et à dominer le monde ne songeait pas à

* Apollonius de Tyane, VIII, 331 ; éd. K., p. 155.

* Éd. K, I, p. 38.

J Enéide, VI, 847.

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