‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 22 sur 217 · LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN

wart, le prince de Talleyrand, Rothschild et l'empereur Alexandre, recevait, chez ce dernier, 2,400 fr. d'appointements par mois, et ses dépenses de cuisine atteignaient, mensuellement, une somme de 80,000 à 100,000 fr.1 D'après le prince Puckler Muskau2, il y avait même en Angleterre, à l'époque où il y voyagea, des cuisiniers au traitement de 1,200 liv. st. (30,000 fr.) par an.

Sénèque8 parle comme d'une monstruosité d'un plat fameux, devenu l'objet de toutes les conversations de la capitale. Les comestibles les plus recherchés et les plus délicats, tels qu'huîtres et autres mollusques friands,, oursins ou doussins, mulets dépouillés de leurs arêtes, que d'ordinaire on sert distinctement et consécutivement dans les grands festins, y avaient été tellement mêlés et noyés dans une même sauce que l'on ne reconnaissait plus rien du tout dans ce mélange, comparable à celui d'aliments que rejette l'estomac. Si un pareil plat fit tant de sensation, il est permis de croire que l'art culinaire, du temps de Néron, était, pour l'intelligence et le goût du raffinement, bien au-dessous de la cuisine de nos jours, de la française surtout. Le luxe grossier que P. Servilius Rullus avait introduit dans les repas, vers l'époque de la dictature de Sylla, luxe consistant à servir, même dans les réunions les moins nombreuses, un sanglier tout entier aux convives, et qui était encore fort en usage du vivant de Pline l'Ancien*, peut également faire douter de la finesse de cette gastronomie romaine à laquelle le sanglier et le porc, que l'on savait apprêter de cinquante manières

1 Vaerst, Gastrosophie, II, lll (en allem.).

2 Lettres d'un trépassé, III, 40 1 (en allem.). * Lettres, 95, 26, etc.

4 Hist. nat., VIII, 210.

différentes1, fournirent, dans tous les temps, des plats qu'elle tenait en grande faveur*. Le prix du porc n'était pas, cependant, assez élevé pour donner lieu à la supposition que sa cherté avait fini par en faire, chez les Romains de l'empire, « la viande le plus à la mode », suivant l'expression de Roscher 3 ; mais il n'était point non plus aussi bas que se Test figuré Preller4.

Pour terminer, observons encore ici que l'usage des vomitifs, après le repas, n'avait nullement le caractère, qu'il semblerait avoir d'après les idées de nos jours, d'une preuve irrécusable d'intempérance et d'ivrognerie. De ce que César, qui n'était rien moins qu'intempérant5, prit une fois un vomitif, après un repas copieux chez Gicéron, sans que celui-ci, mentionnant le fait6, ait l'air d'en avoir été choqué le moins du monde, il ne s'ensuit pas que l'on puisse dire qu'une gloutonnerie bestiale était alors devenue si commune que personne ne songeait plus à s'en formaliser ; il faut plutôt en conclure qu'un remède, employé de nos jours en cas de maladie seulement, était, dans ce temps-là, réputé purement diététique et avait passé en usage comme tel7. Il y a ce fait que la purgation régulière, par des moyens

1 Hist. nat., VIII, 209.

2 Marquardt, Manuel, V, 2, 39, etc.

3 Principes d'économie nationale, p. 133.

4 Régions, 139. — Voir aussi Rodbertus, Sur la question de la valeur effective du numéraire dans la Revue (allemande) d'économie nationale de Hildebrand, 1870, p. 226.

5 Suétone, César, ch. lui. — Plutarque, César, ch. xvii. — Drumann, Hist. rom., III, 739 (en allem.).

6 Gicéron, Ad Atticum, XIII, 52.

7 Daremberg (Notes sur Oribase, vol. II, p. 829 à 831), auquel Fauteur a fait divers emprunts dans ce passage, et dont il adopte l'opinion sur le sens qu'il faut attacher à l'usage des vomitifs dans l'antiquité, en repoussant celle de Marquardt, qui croyait avoir trouvé (Manuel, V, 340) la raison de cet usage dans une ivrognerie presque générale.

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