‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 29 sur 217 · L1VBE VIII. — I,E LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

L1VBE VIII. — I,E LUXE ROMAIN

ment aussi l'amandier-pêcher et le jujubier, que Sextus Papirius, consul en l'an 36 après Jésus-Christ, transplanta de l'Afrique et de la Syrie en Italie, vers la fin du règue d'Auguste1, la fève d'Egypte {colocasia)%\ enfin, le radis de la Syrie3 et le millet de l'Inde, introduits en Italie, celui-ci très-peu de temps, celui-là moins de dix ans avant l'époque où Pline écrivit ce que nous venons de rapporter*. La culture du riz et celle.du maïs n'y furent naturalisées qu'à la fin du quinzième siècle, o'u au commencement du seizième . L'abricotier et le pêcher avaient été implantés en Italie, vers le milieu du premier siècle de notre ère, par des jardiniers industrieux, qui se firent payer cher leurs premières récoltes de pommes persiques et de prunes arméniennes, comme on appelait alors ces fruits. La pistache fut transplantée par L. Vitellius, père de l'empereur de ce nom, de la Syrie, où il avait été légat, sous Tibère, à sa terre, près d'Albe, avec plusieurs autres fruits de jardin. Le melon paraît avoir été introduit, dans le cours du premier siècle de l'ère chrétienne, des oasis voisines de l'Oxus et du Jaxarte dans les jardins de Naples. Pline décrivit le premier ces nouveaux et merveilleux fruits de la Gampanie, sous le nom de melopepones ; plus tard, les biographes des empereurs disent melo. Il est douteux que la naturalisation du caroubier remonte jusqu'au temps des Romains 5. Mais le citronnier (arôor

1 Pline, Hist. nat., XV, 47 : ^Eque peregrina sicutzizipha et tubures.

S. Papirius primus utraque attulit aggeribus prsecipue décora, quo-

niam et in tecta jam silvœ scandunt.

3 Ibidem, XIX, 107.

* Ibidem, XXI, 87.

4 Ibidem, XIX, 81. — Cependant voyez aussi Marquardt (Manuel, V, 1 , 338), qui est d'un autre avis.

* Hehn, 375, etc., 312, 305, 221, 335, etc.

citri) , qui portait ces pommes méd.iques , longtemps admirées comme le fruit des jardins des Hespérides, et le cédrat {citrus medica cedra)\ ont été positivement acclimatés en Italie dans le cours des premiers siècles de l'ère chrétienne. Pline mentionne l'insuccès de tentatives faites en vue du transport d'arbrisseaux de l'espèce en Italie, dans de grands pots de terre percés de trous ; mais Florentinus signale déjà, à une époque qui, très-proba» blement, correspond au commencement du troisième siècle, une culture de citronniers en serre chaude, pareille à celle que l'on trouve encore aujourd'hui dans la haute Italie, où l'on abrite ces arbustes par des murailles, du côté du nord, et les couvre en hiver. Palladius enfin mentionne l'existence, vers le quatrième siècle ou le cinquième, de citronniers venus en pleine terre, sans aucune de ces précautions, dans l'île de Sardaigne et àNaples, mais seulement sur des terrains de choix. Aussi, le dernier explorateur de ce domaine, homme d'autant de sagacité que d'érudition, Hehn, qui est ici notre guide, reconnaît-il, tout en considérant l'empire romain comme fatalement voué à une ruine prochaine, que le temps de sa durée montre cependant, dans plusieurs des branches de l'activité humaine qui frappent généralement le moins les yeux, comme, par exemple, en ce qui concerne l'échange et le parti tiré, par l'industrie, des produits naturels des contrées les plus diverses, une tendance marquée vers le progrès et des progrès réels. Quant aux autres fruits de la famille du citronnier (agrumi), l'introduction en Europe du limon (en arabe limûn), que l'on confond souvent à tort avec le citron proprement dit, et de l'orange amère, ne date que de l'époque des croisades, celle de l'orange douce (portogallo), rapportée de la Chine par les Portugais , que du seizième ,

et la variété nouvelle dite mandarine, venue de la Chine aussi, même que du siècle présent1.

L'amélioration des fruits et des cultures végétales, ainsi que la multiplication des espèces, avait été poussée, dès les premiers temps de l'empire, à un si haut degré que Pline 8, la croyant arrivée au dernier point de la perfection, n'admettait pas que l'on pût, dorénavant, encore y inventer du nouveau. De son point de vue, il aurait dû désapprouver l'acclimatation des végétaux exotiques autant qu'il trouvai positivement mal que l'on en fit venir, comme par exemple du poivre de l'Inde 3, par l'entremise du commerce. Cependant il ne s'y montre contraire nulle part, soit parce que, et c'est la version la plus probable, les adversaires du luxe donnaient à la nourriture végétale la préférence sur la nourriture animale *, et devaient aussi, par conséquent, être plus favorables à l'accroissement et au perfectionnement artificiels de ce qui constitue le fonds d'alimentation du premier de ces deux régimes, soit que l'absurdité d'un blâme de la propagation des espèces du règne végétal, opérée sur la plus grande échelle, avec le profit le plus évident, depuis des siècles, ne pût manquer de le frapper. Mais il ne pouvait non plus se résoudre à émettre, sans restriction, une

1 Hehn, 321 à 333.

2 Hist. nat., XV, 57.

3 Ibidem, XIX, 58 : Fars eorum (c'est des plantes de jardin qu'il s'agit) ad condimenta pertinens fatetur domi versuram fieri solitam, atque non Indicum piper quaesitum, quaeque trans maria petimus. — Ce n'est pas à dire que le poivrier ne vînt pas également sur le sol italien (XII, 29; XVI, 136); mais il n'y donnait qu'un poivre trop faible.

4 Ibidem, XIX, 52 : Ex horto plebei macellum, quanto innocentiore victu ! '

opinion favorable sur la culture des jardins et des vergers, parce que, en effet, tout progrès dans ce sens éloignait de l'état de nature et rendait, ainsi, plus sensible ce qu'il y avait de factice dans les jouissances nouvelles que l'on se procurait de cette façon. Il reconnaissait bien le service rendu, même aux oiseaux et aux bêtes fauves, par l'amélioration des végétaux et des fruits mangeables ! , mais en déplorant d'un autre côté que, par des rapprochements adultérins d'arbres, c'est-à-dire l'entement, au moyen duquel on était parvenu à élever le rappcft d'un arbre fruitier, à proximité de Rome, au niveau de ce que rapportait jadis toute une terre, on eût rendu le fruit inabordable aux pauvres2. «Et lors même,» poursuit-il, « que l'on passe sur la production de fruits que leur grosseur, leur saveur, ou leur forme extraordinaire, met hors de la portée des moyens du pauvre, fallait-il encore créer de nouvelles variétés jusque parmi les herbes, et laisser l'opulence introduire des gradations de qualité jusque dans les aliments du coût d'un simple as? Faut-il que la culture pousse les asperges à une grosseur qui les bannisse de la table du pauvre? La nature a fait croître des asperges sauvages, que chacun était libre de cueillir où il les trouvait ; maintenant on en voit d'artificielles , si grosses qu'à Ravenne trois pèsent une livre. Voilà les monstruosités qu'engendre la gourmandise3 ! » Quelque étonnement qu'excitassent alors ces progrès dans l'art du jardinage,

« Pline, Hist.nat., XVI, I.

2 Ibidem, XVII, 8 : Nec minus miraculum in pomo est multarum circa suburbana annuo addicto binis milibus nummum, majore singularum reditu quam eral apud antiquos praedium. Ob hoc insita et arborum quoque adulteria excogitata sunt ut nec poma pauperibus nascerentur.

3 Ibidem , XIX, 52 à 54.

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