‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 28 sur 217 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

dont la production avait été rapidement augmentée, et que l'on fit venir d'Asie en quantités de plus en plus considérables, sur les cerisiers sauvages ou merisiers ^indigènes, et l'on engendra ainsi une foule de variétés nouvelles1.

Parmi les fleurs, la rose des jardins de l'Orient arriva de bonne heure à s'introduire en Italie, avec les colonies grecques qui s'y fixèrent, probablement en même temps que le lis, pour se répandre de là dans le monde entier. A côté des roses, des lis et des violettes, nous trouvons aussi, dans les jardins romains, le crocus d'Orient, qui croissait particulièrement en Gilicie. Cependant, on rangeait ce dernier parmi les fleurs exotiques, et on en regardait la culture, dans les jardins romains, comme un triomphe de l'art d'acclimatation, non moins que celle de la casia, de l'encens et de la myrrhe, avec lesquels Golumelle groupe le crocus. De l'avis de Pline, la culture du safran n'était pas rémunératrice en Italie ; cependant, tout porte à croire qu'on l'y implanta néanmoins. Parmi les plantes fourragères introduites de l'Orient, Gaton ne connaissait encore ni la luzerne (medica)^ ni le cytise ; mais déjà Varron les mentionne. Il faut en conclure qu'elles se propagèrent en Italie dans le cours du siècle qui s'écoula entre ces deux auteurs 2.

On voit par là que, dans les derniers siècles avant Jésus-Christ, l'Italie, comme tout le monde ancien en général, vivait sous le régime d'une économie rurale de sa propre création. Varron déjà put dire que l'Italie était un grand verger, tandis que les Grecs des temps antérieurs, de l'époque de la guerre du Péloponnèse à celle de

1 Hehn, 43, 283, etc., 275, 165, 162j etc., 290, etc.

2 Le même, 167, 177, etc., 297.

la splendeur d'Alexandrie inclusivement, connaissaient la péninsule italique comme un pays empreint, comparativement à leur propre patrie et à l'Orient, d'un cachet quasiseptentrional et primitif, pays dont la production consistait principalement en grains, bétail et bois. Dans la suite, des plantations étendues d'arbres fruitiers de l'Orient prirent la place qu'occupaient d'immenses forêts et des solitudes inhospitalières, avec leurs produits bruts en bois, poix, gibier et pâture, pendant que des sucs rafraîchissants se substituaient au régime de viande et de bouillie des anciens. Les gens par l'entremise desquels s'opéra cette révolution hygiénique étaient en majeure partie des esclaves et des affranchis d'origine asiatique, des Syriens, des Juifs, des Phéniciens, des Giliciens. L'horticulture et le plaisir qui s'attache à l'occupation placide et tranquille de l'éducation et du soin des plantes formaient, depuis un temps immémorial, un apanage de la race araméenne1.

L'immense accroissement d'activité qui eut lieu dans toutes les relations de commerce de l'ancien monde, depuis Auguste, eut naturellement aussi pour effet de multiplier les acquisitions de plantes formant l'objet des cultures de l'Orient. Déjà Golumelle félicite l'Italie d'avoir su naturaliser chez elle, par les soins laborieux de ses colons, les fruits de presque toutes les parties du monde alors connu2. Aux végétaux introduits, dès les premiers temps de l'empire, il y a lieu d'ajouter, peut-être, le lotus africain3, l'échalote d'Ascalon4, bien certaine-

1 Hehn, 296, 314, etc.

2 Le même, 357.

3 Pline, Hist. nat., XIII, 103 : Eadem Africa arboremloton gignit,

quam vocant Celthim et ipsam ltaliae familiarem, sed terra mutatam.

* Ibidem, XIX, 107.

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