‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 45 sur 217 · LIVRE VIII. LE LUXE ROMATN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. LE LUXE ROMATN

tuée sur le mont Palatin, ainsi qu'à celle d'un jurisconsulte, du chevalier G. Aquilius, située sur le Viminal, et qui était, alors, généralement réputée la plus belle de Rome1. En l'an 78, la plus belle maison fut celle du consul de l'année, M. Lépide2, dont le seuil en marbre de Numidie {giallo antico), espèce inconnue à Rome jusqu'alors, fit également beaucoup jaser.

Mais, 35 ans plus tard, il y avait déjà à Rome une centaine de maisons plus belles que celle-là, ayant toutes le caractère de véritables palais. Pline rapporte ce gigantesque accroissement de la magnificence et du luxe des bâtiments comme un des plus grands prodiges, dans l'histoire de cette ville, non sans y rattacher, selon son habitude, une sentence sur la durée passagère de la vie humaine3. Ce qui doit étonner plutôt, c'est que Rome, depuis si longtemps la première ville du monde en importance, fût restée, jusque-là, tellement en arrière sous le rapport architectural. Il en résulta que l'on se mit à opérer soudainement, sur une échelle d'autant plus grande, cette reconstruction des bâtiments privés qui, d'ordinaire, a plutôt lieu graduellement, dans les villes en voie de prospérité croissante, ainsi que l'a, par exemple, si bien fait ressortir Macaulay*, pour celles de l'Angleterre, dans son tableau des progrès énormes que la civilisation y a faits, depuis la fin du dix-septième siècle.

A Rome, on rattrapa, pendant la durée d'une seule

« Pline, Hist. nat., XVII, 1, 2.

2 Ibidem, XXXVI, 109 : M. Lepido, Q. Catulo coss. ut constat inter diligentissimos auctores, domus pulcrior non fuit Romas quam Lepidi ipsius,etc.

3 Ibidem.

4 History of England, éd. Tauchnitz, III, 341, etc., pour Bath, et 352, etc., pour Londres.

génération, tout le temps perdu dans les siècles antérieurs. Ces 35 années, qui s'écoulèrent depuis le consulat de Lépide et la mort de Sylla, en 78, jusqu'à celle de Jules César, en 44 avant Jésus-Christ, furent le temps des conquêtes et des acquisitions les plus grandes, en Orient comme en Occident, le temps des guerres de Q. Métellus le Crétique, de P. Servilius l'Isaurique, de Pompée et de Lucullus en Orient, ainsi que de Jules César dans les Gaules. L'empire y gagna les nouvelles provinces de la Bithynie et du Pont, l'île de Crète, la Gilicie et la Syrie. Dans ces guerres, des généraux , des officiers, des fonctionnaires de l'ordre civil et des traitants, comme cet affranchi de Pompée , Démétrius , qui doit avoir laissé 4,000 talents (23,576,250 fr.)1, s'emparèrent d'immenses richesses. Elles furent employées en partie à la construction d'édifices publics des plus somptueux, au nombre desquels figurait aussi, avec un caractère purement temporaire, le mirifique théâtre de Scaurus, élevé en l'an 58. Cette magnificence et cette aspiration au grandiose se communiquèrent vite aussi aux constructions privées. Scaurus fit ériger dans l'atrium de sa maison, sur le mont Palatin, les plus grandes des 360 colonnes, de 38 pieds de haut, dont il avait orné la scène de son théâtre2. Elles étaient d'un marbre noirâtre, de l'île de Mélos, que Lucullus avait le premier introduit à Rome, où on l'appela, d'après lui, marbre lucullien3. Le premier qui n'eut absolument, dans sa maison, sur le mont Célius, que des colonnes de marbre, et, ce qui plus est, consistant toutes en monolithes de

1 Plutarque, Pompée, ch. n.

2 Pline, Hist. nat., XXXVI, 5, 6.

3 Ibidem, 49, etc.

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