‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 46 sur 217 · LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN

marbre cipolin, veiné de vert, de Garyste dans l'Eubée, et de marbre de Carrare, fut le chevalier romain Mamurra de Formies, un des lieutenants de César dans les Gaules. Sa maison, construite en 48 avant Jésus-Christ1, était, comme dit Pline, un témoignage plus éloquent de ses rapines éhontées, dans les Gaules, que les vers acerbes dans lesquels elles lui furent reprochées par Catulle. Il fut aussi le premier qui revêtit des murs entiers de plaques de marbre ou, autrement dit, introduisit à Rome le procédé alexandrin d'incrustation2.

Ainsi, Salluste3 déjà put parler de palais semblables à de véritables villes, et Cicéron4 appeler Rome une belle cité , richement ornée , Sien qu'à vrai dire , d'après le jugement de Plutarque5, tous les bâtiments de Rome antérieurs à l'ère impériale ne fussent pas comparables avec les constructions dont Périclès avait embelli Athènes. Aussi Suétone fut-il sans doute fondé à dire qu'Auguste ne trouva pas la ville de Rome, à tout prendre, ornée comme il convenait à la majesté de l'empire romain6.

Avec l'accroissement des constructions, on vit aussi monter la valeur des terrains, ainsi que les loyers des appartements. Le terrain sur lequel Jules César construisit le Forum, dans la partie la plus animée de la ville, coûta cent millions de sesterces, soit près de vingt- deux millions de

1 Promis, Dell' antka Luni, p. 49.

2 Pline, Eist. nat., XXXVI, 48. — Semper, le Style, I, p. 493.

3 Bellum Catilinarium, ch. xn.

4 Ad Quintes, p. red., ch. i : Quœ pulchritudo urbis ! — Verr., II, 5, 48, 127 : Urbs pulcherrima atque ornatissima.

5 Comparât. Perhclis cum Fabio Maximo, ch. m, 7.

6 Suétone, Auguste, ch. xxvm : Urbem neque pro majestate imperii ornatam et inundationibus incendiisque obnoxiam excoluit ita ut jure sit gloriatus marmoream se relinquere quam lalericiam accepisset.

francs1. En moyenne, les loyers atteignaient, à Rome, le quadruple de ce qu'ils étaient dans les autres villes d'Italie2. Il y eut des remises de loyer dans les années 46 et 41 avant Jésus-Christ3. Célius4, d'après Cicéron, occupait modestement une maison de Glodius, avec un loyer de 10,000 sesterces (environ 2,194 fr.); ses accusateurs avaient déclaré le triple, afin de pouvoir lui reprocher sa prodigalité et aider, en même temps, Glodius à vendre sa maison plus cher. Cicéron acheta la sienne, sur le mont Palatin, de Grassus, pour la somme de 3 millions 1/2 de sesterces (environ 766,000 fr.)5. Quand, à son retour de l'exil, il la retrouva en ruines, le sénat lui offrit deux millions d'indemnité, d'où l'on peux inférer qu'il estimait la valeur du terrain à un million et demi de sesterces6.

Les constructions prirent à Rome . un nouvel et plus grand essor après la bataille d'Actium et l'avènement d'Auguste, non-seulement par suite de l'effet du sentiment général de la sécurité , revenue avec la pacification du monde, des progrès du bien-être, de l'accroissement de la population et de l'affluence des capitaux, mais aussi à la faveur de la volonté bien arrêtée d'Auguste de donner à Rome tout l'éclat et toute la magnificence nécessaires pour faire de cette capitale le digne centre de la

1 Drumann, Hist. rom., III, 318 et 617 (en allem.).

2 Suétone, César, ch. xxxvm.

3 Drumann, Hist. rom., III, 616, 52. — Dion Gassius, XLVII1, 9. — Voir aussi Cicéron, Ad Atticum, I, 6.

4 Pro Caelio, 7,17.

5 Drumann, Hist. rom., II, 209.

fi Cicéron, Ad Atticum, IV, 2, 5 : Nobis superficlem œdium consules de consilii sententia œstimarunt HS viciens : cetera valde illiberaliter. L'allégation de Pline {Hist. nat., XXVI, 103) que Clodius aurait acheté de Scaurus, sur le mont Palatin, une maison pour 14,800,000 sesterces doit être erronée, de l'avis de Drumann aussi {Hist. rom, t II, 367, 31).

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