‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 57 sur 217 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

modernes de l'Angleterre et des autres pays, il n'est pasdouteux, d'autre part, que les jardins et parcs romains étaient bien inférieurs à ceux qu'on voit en Angleterre. Il n'est guère plus probable qu'ils égalassent ces derniers en étendue, parce que, dans l'antiquité, le sentiment de la nature, trouvant plus de satisfaction dans des tableaux du genre de ceux dont l'art embellit un simple jardin que dans l'imitation des grands paysages, n'était aucunement favorable à la parcomanie. Le luxe des serres manquait d'ailleurs à l'antiquité ; partant, aussi le moyen de reproduire en petit la végétation des autres zones et parties du monde.

Contrairement à la variété de couleurs qui éclatait, chez les Romains, dans la décoration des palais, la magnificence de couleurs dont brille la Flore moderne est précisément ce qui faisait défaut à leurs jardins. Le luxe des fleurs de l'antiquité romaine ne consistait pas dans la multiplicité et la diversité des espèces, mais dans la profusion avec laquelle on employait un nombre relativement assez limité d'espèces, disponibles pour l'objet dont il s'agit, notamment les lis, les roses et les violettes. Déjà du temps de Varron l, les plantations de roses et de violettes, dans le voisinage immédiat de Rome, étaient d'un bon rapport, et l'on vit s'étendre de plus en plus le rayon des jardins qui entouraient la ville2. La culture des fleurs, pour les besoins de la capitale, fut-même portée beaucoup plus loin, jusqu'en Gampanie et à Psestum. Au temps de Sénèque, les

* De Re rustica, I, 16, 3.

3 Rodbertus, Éléments pour l'histoire du développement des rapports agraires de Rome, dans les Annales d'économie politique de Hildebrand, 1864, p. 216 (en allemand).

roses, demandées même en hiver, s'importaient par navires de l'Egypte, ou, dans cette saison, étaient cultivées sous verre , comme le lis l. L'Europe moderne est redevable au goût, si prononcé, des Turcs, pour les fleurs, d'une grande partie de sa magnifique flore des jardins. De Stamboul, la tulipe, le lilas ou seringat, qui embaume l'air, l'hyacinthe d'Orient, la fritillaire impériale, la renoncule des jardins, ont passé, par Vienne et Venise, dans les jardins de l'Occident; de même le châtaignier (sesculus hippocastanum) , le laurier-cerise et la mimosa ou acacia farnesiana. L'œillet se répandit d'Italie par-delà les Alpes, à l'époque de la Renaissance.

Puis commença, avec la découverte de l'Amérique, une nouvelle importation, bien plus abondante, de fleurs et de plantes d'ornement, parmi lesquelles il faut mentionner la vigne vierge, la capucine du Pérou, le peuplier pyramidal dit lombard, le platane d'Amérique, l'acacia de l'Amérique du Nord, la Bignonia Catalpa, l'arbre à tulipes, et, au-delà des Alpes, la magnolie, le poivrier, etc. Le cactus opuntia ou figuier de Barbarie, et l'aloès, ont apporté le complément parfait d'un élément tout harmonique dans le type du paysage des contrées riveraines de la Méditerranée, type qui avait, depuis longtemps, reçu de l'Orient son coloris sévère et mat2. La multiplication, extrême et artificiellement poussée jusqu'à l'inûni, des espèces et des variétés, a donné naissance à un luxe nouveau, tout à fait inconnu de l'antiquité, et les prix énormes, payés de nos jours, par des amateurs de fleurs recherchées ou rares, comme par exemple, en France, 70,000 fr. pour une

\ ;* Hehn, p. 169.

2 Le même, p. 382-385.

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