‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 84 sur 217 · LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS l'eMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS l'eMPIRE ROMAIN

Londinium (Londres) était, dès lors, une place de commerce très-animée. Dans ces deux villes et à Verulamium, près de Saint-Albans, les rebelles égorgèrent environ 70,000 Romains et alliés de ceux-ci1. Agricola mit ensuite à profit le premier hiver de son séjour en Bretagne, celui de l'année 78, pour habituer, par les jouissances de la vie, à une existence tranquille et paisible les habitants dispersés, incultes et partant belliqueux de l'île, en poussant, par des exhortations et des subventions, à la construction de temples, de halles et marchés (fora), ainsi que de maisons d'habitation, et bientôt on passa également à celle de thermes et de portiques2. Telle fut la promptitude avec laquelle s'embellit de bâtiments de luxe cette province, la plus reculée de l'empire, cette île dont le prince vaincu, Garactacus, n'avait pu comprendre, en voyant Rome pour la première fois, à une époque antérieure de la durée d'une génération à peine, comment les possesseurs de tant de magnificence pussent convoiter les misérables huttes des sauvages de son pays 3.

Dans la Dacie, qui comprenait la Transylvanie, le Banat, la Valachie et toute l'ancienne Moldavie , quinze siècles n'ont pu détruire complètement ce que la domination romaine avait créé en 170 ans. Une multitude de restes et de débris de toute espèce, offrant la plus grande variété, y témoignent de l'existence déplus de cent colonies romaines plus ou moins florissantes à cette époque, pour la plupart situées en Transylvanie*. Après tous ces faits, à l'appui

1 Tacite, Annales, XIV, 31 à 33.

2 Le même, Agricola, ch. xx.

3 Dion Cassius, LX, 33.

4 Neigebauer (la Dacie, p. 5, en allemand) énumère 122 de ces colonies, dont 89 en Transylvanie, de l'origine romaine desquelles il existe des preuves plus ou moins authentiques.

desquels on pourrait encore en invoquer beaucoup d'autres, il est indubitable que Trajan ne s'écartait pas de la plus stricte vérité, en écrivant à Pline qu'il n'y avait pénurie d'architectes experts et ingénieux dans aucune province1.

Le patriotisme municipal, un des meilleurs côtés de la vie dont étaient animées les villes de l'antiquité, alors développé à un si haut degré et nourri encore, à l'époque dont il s'agit ici, par l'autonomie relative qu'avaient conservée les communes, était, tant pour celles-ci que pour les particuliers y ayant droit de cité, le plus fort des aiguillons poussant à doter les villes, dans la mesure des ressources existantes, voire même au prix de grands sacrifices, de toutes les constructions et de tous les établissements d'utilité publique dont le besoin s'y faisait sentir, ainsi qu'à les embellir de toutes les manières. Le désir de paraître avec un air d'importance, de dignité et de splendeur, qui agissait alors si puissamment sur l'humanité, dominait les communes non moins que les individus, et, selon toute apparence, il les portait même, assez souvent, à faire des efforts dépassant leurs moyens de fortune. Ajoutez-y, particulièrement dans les contrées grecques, la jalousie, cette ancienne maladie des Hellènes2, dont toutes les villes étaient animées les unes contre les autres, avec la manie, qui en dérivait pour chacune, de chercher constamment à renchérir sur les autres.

1 Pline le Jeune, ad Traj. épis t., 40, édit. Keil; voyez aussi 18 et 62. - Suivant l'expression d'Hérodien (III, 2, 8).

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