AVANT LA QUESTION
Toute l'Europe sait ce que nous avons fait 7 nous roya~ listes portugais , qu'on appellerait plus exactement patriotes portugais , comme j'espère qu'on s'en convaincra. Nous avons refuse d'obéir à un souverain que nous ne reconnaissons pas comme le nôtre 7 parce qu'il est exclu du trône portugais par nos lois, ainsi que par ses propres stipulations. Nous nous sommes crus ; et nous nous croyons encore les défenseurs de la légitimité , en même temps que despriviléges et droits du peuple portugais. Tous les gouvernemens de l'Europe nous ont traités de rebelles. Sans que nous discutions maintenant les motifs de la justice ou de l'injustice qu'on nous a faite, tâchons y en bonne foi , de voir qui est-ce qui a tort ou de nous ou de la politique?
Mais nous présenterons k la réflexion/nos lecteurs une douzaine de simples questions , avam d'entrer dans l'examen de la principale.
jre.
J'espère qu'on n'appellera pas rebelle celui qui défend le gouvernement légitime de sa patrie ?
Le gouvernement légitime n'est-il pas celui qui a les. qualités requises par les lois ?
Les lois qui règlent et déterminent ces qualités ne sont-elles pas les lois fondamentales des nations où il en
existe ?
Le Portugal n'a-t-iî pas des lois fondamentales , qui règlent et déterminent la nature de son gouvernement, ainsi que l'ordre de succession à la couronne de ce royaume ?
Les lois fondamentales, qui règlent et déterminent Fordre de succession à la couronne portugaise , ne consistent-elles pas dans les dispositions des cortès de Lamego et dans les dispositions des cortès postérieures qui s'y rapportent, principalement de celles de 164 1 ?
Peut-on donc être roi légitime de Portugal contre les dispositions des susdites cortès, sans qu'il ait été fait légalement un changement dans ces mêmes dispositions ?
N'y a-t-il pas une manière unique et légale , établie pour faire des changemens dans les dispositions des lois fondamentales du royaume ?
Ces lois ont-elles e'te' légalement changées après la mort de Jean VI ?
D'après les dispositions des lois fondamentales du Portugal, l'empereur du Brésil n'est-il pas exclu de la succession au trône portugais , et par conséquent la couronne dévolue à l'infant D. Miguel ?
ioe.
L'Europe n'a-t-elle pas reconnu légitime l'ordre de succession à la couronne portugaise, établie en Portugat par les cortès susmentionnées ?
lie.
L'Europe n'a-t-elle donc pas tort de nous appeler des rebelles , moi et mes braves compatriotes , qui avons défendu les droits, l'indépendance et la liberté de notre patrie et de notre Prince ?
Les gouvernemens de l'Europe sont-ils dispensés d'être conséquens avec eux-mêmes ?
Voilà bien des questions auxquelles les partisans de D. Pèdre auraient bien de la peine à répondre quelque chose qui leur fut favorable ! Aussi je les défie d'entrer
en discussion et de montrer encore une fois (*) la futilité de leurs raisons.
Moi y j'aurais bien des choses à répondre à chacune de ces questions ; mais, outre que les réponses se présentent d'elles-mêmes à presque toutes mes douze questions 7 comme je ne veux pas embrouiller une chose claire et simple de sa nature, je m'amuserai seulement de quelques propositions qui ne feront pas grand plaisir aux amateurs de constitutions ou chartes importées de l'étranger ; et c'est cependant pour les obliger {à entendre raison) que je passe mon temps avec ces Messieurs.
(*) Dans îa Gazette officielle de Lisbonne , peu de temps après l'arrivée de la charte brésilienne , on publia une réfutation des raisons que les défenseurs de la vraie constitution de la nation portugaise alléguaient contre les prétendus droits de D . Pèdre. La plus forte raison donnée , dans cette apologie officielle de la Gazette , était : ■ — Que D. Pèdre ne pouvait pas avoir perdu les droits à la couronne du Portugal, parce qu'il était empereur du Brésil , de même qu'Alphonse V ne les avait pas perdus , parce qu'il a été faire la guerre en Afrique et prit le titre Africain , pour mémoire de ses victoires y remportées. — Tout le monde sentant bien la bêtise d'une telle comparaison, on nous dispensera de répondre à cet argument» Qui profita de telles défenses , n'avait pas le bouclier d'Achille pom couvrir les droits de D. Pèdre.